2012-08-03 De la Deuxième guerre mondiale au MDRM

Publié le par Alain GYRE

De la Deuxième guerre mondiale au MDRM

Entre les deux séjours d’Yves-Léon Cayla (lire précédente Note), Marcel de Coppet « le gouverneur général révoqué » assume son premier mandat. Ce premier séjour (avril 1939-juillet 1940) est trop court pour qu’il puisse faire quelques réalisations importantes. À l’armistice de 1940, il fait savoir son intention de poursuivre la lutte aux côtés des alliés, ce qui lui vaut d’être retiré de ses fonctions et de passer les pouvoirs à Cayla. Son second séjour (mai 1946-janvier 1948) où il succède à de Saint-Mart, doit être autrement plus fourni et même très agité.
Au point de vue administratif, les recommandations de Brazza­ville et le vote de la Constitution d’octobre 1946 devaient apporter des transformations importantes, dont les principales sont la transformation de la direction des affaires malgaches en direction des affaires politiques (arrêté du 9/07/46); le principe que tous les ressortissants des Territoires d’Outre-mer jouiraient des droits de citoyens (Constitution); la création des assemblées locales assurant respectivement la gestion des affaires d’intérêt général et provincial, en prenant des décisions et en donnant des avis sur des matières préparées par l’Adminis­tration, ainsi qu’en assurant l’exécution des délibérations, la division administrative de l’île en cinq provinces et en quatre circonscriptions autonomes (décret du 9/11/46), enfin, la création d’un conseil de gouvernement sous la présidence du gouverneur général comprenant quatre hauts fonctionnaires, les chefs de provinces et les présidents des assemblées locales.
Alors que la balance économique est équilibrée, le problème politique se pose très aigu. « Rendues très sensibles à l’évolution qui se poursuivait dans le monde après la Seconde guerre, évolution tracée d’ailleurs par la Charte de l’Atlantique et les engagements de San Francisco, les Malgaches aspiraient à plus de liberté et revendiquaient une participation au pouvoir » (Régis Rajemisa-Raolison).
Une effervescence des esprits se produit alors, la flamme du nationalisme s’allume dans la Grande île entretenue par le Mouvement de la rénovation de Madagascar (MDRM), parti politique fondé par Joseph Ravoahangy-Andrianavalona et Joseph Raseta, tous deux médecins. En juin 1946, ces derniers demandent au Parlement le statut d’État libre associé à la France pour Mada­gascar. Alors que l’on ne peut rien augurer de leur proposition de loi, une insurrection éclate dans des points côtiers de l’île, insurrection dont la justice française accuse les députés et leur parti d’en être les instigateurs. « De Coppet sut garder, au cours de cet évènement, un sang-froid remarquable et put éviter ainsi un de ces gestes qui eût creusé pour toujours un fossé entre les deux peuples ». Après avoir organisé une grande foire-exposition franco-malgache, en octobre 1947, de Coppet rentre en France avant même que le calme ne soit revenu totalement.
C’est Armand Annet (1941-1942) qui remplace Léon Cayla après son second séjour (1940-1941). « L’administration du Gouverneur général Annet fut marquée par le zèle qu’il déploya à entraîner la Grande île dans l’orbe de la révolution nationale préconisée par le maréchal Pétain en France, sous le triple signe Travail-Famille-Patrie ». Une grande foire-exposition est ainsi organisée dans la capitale où l’on montre toutes les possibilités économiques. On procède aussi à la formation de camps de jeunesse, et l’instruction religieuse se donne dans les établissements scolaires.
Son gouvernement est de courte durée. En mai 1942, les Anglais débarquent à Diego-Suarez, puis à Mahajanga. La Grande île devient alors le théâtre d’une guerre « où l’on assiste plutôt à des destructions d’ouvrages qui avaient exigé beaucoup d’années et d’efforts qu’à des batailles sérieuses ». Après avoir reculé jusqu’à Fianarantsoa, puis Ihosy, Armand Annet se rend à Ambalavao, après la signature de l’armistice, le 11 novembre. Déporté par les Anglais, il est traduit en jugement et acquitté après la Seconde guerre. Il écrit ses souvenirs sur 1942 en un volume intitulé « Les heures troubles de l’Afrique française ».
Après son départ, Madagascar connaît l’occupation britannique, suivie bientôt de la Convention passée à Londres entre de Gaulle et Churchill concernant le retour de la Grande île sous la souveraineté française (décembre 1942), puis de la nomination du général Legentil­homme. Les Anglais remettent à ce denrier l’Adminis­tration de l’île. La mission militaire anglaise ne la quitte qu’en juillet 1946.

Pela Ravalitera

Vendredi 03 août 2012

L’Express

 

Publié dans Notes du passé

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