2012-10-08 Lourdes pressions europénnes sur Rasoherina

Publié le par Alain GYRE

Lourdes pressions européennes sur Rasoherina

Après l'assassinat de Radama II, les étrangers établis à Madagascar craignent pour leur situation et leurs intérêts. Ils ignorent la politique adoptée par la princesse Rabodo, épouse du roi décédé, lorsqu'elle accèdera au trône sous le nom de Rasoherina. Le gouvernement royal s'efforce de sauvegarder les intérêts du pays en redressant les erreurs du règne précédent. L'ouverture à l'extérieur est maintenue, la liberté d'enseigner la religion chrétienne et celle d'y adhérer sont accordés à tous. Mais les chartes et traités conclus par Radama II sont remis en question du fait de leur caractère « foncièrement illégal ». Notamment ceux qui permettent à Lambert et à Caldwell de posséder des terres et qui vont à l'encontre de la loi du pays.
« Il fallait les supprimer sans compromis ». La charte de Caldwell l'est assez facilement car le ministre anglais des Affaires étrangères Russel refuse d'appuyer les réclamations du bénéficiaire. En revanche, « la charte Lambert eut la vie plus dure car elle constituait un précédent et un atout précieux pour la politique française de pénétration  à Madagascar » (Pr. Mukasa Mutibwa Phares, d'après une étude de Razoharinoro-Randriam­boavonjy). Les agents français à Madagascar, Laborde, Lambert et Dupré voient dans la suppression éventuelle de celle-ci « une manœuvre anglaise pour diminuer le prestige du gouvernement français ». En réalité, il s'agit d'une « volonté des dirigeants malgaches d'empêcher une tentative d'emprise étrangère sur le pays ».
Ainsi, après la décision en Conseil d'annuler ces accords, Raharolahy est envoyé à la tête d'une délégation à Toamasina en septembre 1863, auprès du représentant français Dupré. Ce dernier, mécontent, rompt les relations diplomatiques. Fin 1863-début 1864, Rasoherina délègue une nouvelle ambassade dirigée par Rafiringa pour négocier un nouveau traité avec la France et l'Angleterre. Elle n'obtient aucun résultat satisfaisant en France où « l'on exigea le règlement de la question de la charte Lambert avant de passer à d'autres questions. L'Angleterre fit de vagues promesses, ne désirant pas trop faire obstacle aux intentions françaises ».
Du fait de cette lourde pression et après un long et difficile débat au Conseil en décembre 1865, Rasoherina se résigne à payer à la France l' « indemnité » de 240 000 piastres « en compensation » de la destruction de la charte Lambert. Une telle résignation s'explique par toutes sortes de raisons. Le consul anglais Pakenham et celui de Madagascar à Maurice, Lemière, « conseillent » à la reine et à ses conseillers de payer l'indemnité demandée « et le gouvernement malgache n'était pas alors en état de négliger un conseil d'ami aussi importants ». En France, un vaste lobbying pousse le gouvernement à défendre les « droits acquis » de la Compagnie de Madagascar dirigée par le baron de Richemont qui devait réaliser les stipulations de la charte.
Une fois la question de l'indemnité résolue, les négociations pour de nouveaux traités sont entamées. En 1865, elles commencent à Antananarivo entre Rainimaharavo et Packenham. La disposition principale accorde aux Anglais « comme aux sujets d'une nation la plus favorisée et conformément à la loi du pays, le droit d'acheter ou de louer des terres, des maisons ou des magasins ». La liberté de propager la religion chrétienne est confirmée, mais les missions reconnaîtraient que « les lieux du culte demeureraient propriété de la reine ». De plus, le commerce de certains produits comme le caoutchouc, la gemme et le bois de construction, est réservé aux seuls « nationaux ». Comme de coutume, le ministre anglais des Affaires étrangères communique à son homologue français la teneur du nouvel accord anglo-malgache avant de le ratifier!
Pourtant, dans son Kabary aux représentants du peuple pendant la ratification, Rasoherina tient à préciser que « comme elle ne désire pas s'approprier la terre des étrangers, il est juste que ces derniers ne cherchent pas non plus à s'approprier la terre de mes ancêtres ». Ainsi comme la loi du pays ne permet pas aux étrangers d'acheter des terres, le droit de propriété est exclu pour les Anglais à moins que ce droit n'ait déjà été accordé aux citoyens d'une autre puissance. Le Foreign Office admet les dispositions du traité et l'interprétation à apporter à l'article sur le droit de propriété. Toutefois, par convention séparée, la London Missionary Society obtient « quelque droit de propriété sur les terrains où seraient bâtis les temples de pierre commémoratifs des martyres ».

Pela Ravalitera

Lundi 08 octobre 2012

L’Express

Publié dans Notes du passé

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