2012-10-09 La grande errance du prince Repila

Publié le par Alain GYRE

La grande errance du prince Repila


Il était une fois... Repila est un jeune prince sakalava du village de Tsiarepioky. Il est le fils aîné du roi des villageois qui font la transhumance sur la vaste plaine fertile qui borde la rivière Sakalava dans la région de Mahabo, dans le Menabe. Près de Tsiarepioky se trouve Manevy et en face Mahatsinjo.
Devenu adulte, Repila change de nom et se fait appeler Ihazorango. Mais convaincu de sa prochaine élévation au trône, il adopte un troisième nom, celui d'Andriamandresy, sous lequel il sera désigné pendant et après son règne.
« Il était cependant trop rigide et hautain, et le suffrage du peuple démolit tout le rutilant échafaudage de ses espoirs, la couronne ayant été dévolue à son frère cadet Andriandahifotsy » (Théodore Raharijaona à partir de la tradition orale). Déçu et furieux, Andriamandresy va vivre auprès de son oncle afin d'étouffer sa rancœur et se perdre petit à petit dans l'oubli.
Mais chassez le naturel, il revient au galop. Il donne libre cours à son violent caractère. Il occupe de force la rizière de son oncle et au lieu d'obéir à l'injonction de ce dernier qui lui intime de disparaître, il le blesse mortellement d'un coup de fusil. À la suite de cet homicide, sa mère le bannit de sa famille.
Andriamandresy quitte alors le pays de ses ancêtres pour fonder une nouvelle famille. Mais il tient à se faire accompagner d'une escorte suffisante et recrute avant son départ des hommes, dont des « combattants bien trempés dits fanafolahy », dirigés par quatre guerriers de confiance. Deux esclaves et le couple Fahavy-Ihehy complètent sa suite.
Pour la petite histoire, Andriamandresy bien que de belle prestance, est entièrement chauve et ne se découvre que très rarement et en-dehors de toute présence féminine. Mais pour le malheur d'Ihehy, il enlève brusquement et involontairement son chapeau, préoccupé par le problème ardu de son départ. Ihehy éclate de rire en le voyant. Ce qui lui vaut d'être jetée parmi les esclaves avec le nom d'Imatikehy (la victime de son rire).
L'impressionnant cortège s'ébranle enfin, guidé avec une sévère discipline par le grand Andriamandresy lui-même guerrier réputé et redouté. Il se dirige vers le Sud-est « sans but précis et sans établir au préalable les étapes ». Un soir, il arrive en vue du village de Sambo­rano, dont les habitants sont en train de remplacer leur défunt roi Ndriamifify.
Avant de pénétrer dans le village, Andria­mandresy envoie en éclaireur Tovola qui, au cours de sa mission, a l'occasion de discuter avec Ndrahoditra, le fils aîné du roi disparu. La situation de Ndra­hoditra est similaire à celle d'Andriamandresy, sauf qu'il n'a pas commis de crime. Aussi est-il supplanté dans la succession au trône de son père, par son frère cadet. Son chagrin et sa colère le poussent également à quitter son pays et il se résout à accompagner Andria­mandresy.
Celui-ci décide d'écourter son séjour à Samborano et poursuit son exode vers le Sud-est. Une nuit, il atteint le village de Nosibe où Ndramiloviky règne sur les Tehamory. Il juge cependant moins risqué de repartir la nuit même après une courte halte, car l'accueil des habitants est peu engageant.
Le lendemain, Andriamandresy et sa suite croisent un chasseur de sanglier dans la vaste bananeraie de Ramarovahiny, roi des Andramaro à Vohibola. Le chasseur court prévenir son roi qui ordonne aux nouveaux venus de monter au village.
« À la vue d'Andriamandresy qui était vêtu d'une soierie écarlate et portait au front une plaque en argent, autour de la taille un pagne agrémenté de franges étincelantes sur les deux bouts qui descendaient jusqu'au mollet, Ramarovahiny et ses sujets sont partagés entre l'admiration et l'inquiétude ». Le roi demande divers renseignements à Andriamandresy qui ne lui cache rien.
Ce qui satisfait le roi qui l'accueille avec faste et met à sa disposition un vaste domaine en rapport à son rang. Pour le remercier de cette marque d'amitié, Andriamandresy offre un « lamba » ajouré d'argent (vangorano) à chacun des travailleurs et un grand festin à tous à la fin des travaux.
Afin de retenir auprès d'eux ce généreux donateur, tous les habitants se mettent d'accord pour lui donner comme épouse Ratsiavela, fille unique de Ramaro­vahiny. Andriamandresy ne songe plus à poursuivre son voyage.

Pela Ravalitera

Mardi 09 octobre 2012

L’Express

Publié dans Notes du passé

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