2012-10-20 Mille et un conseils au candidat colon

Publié le par Alain GYRE

Mille et un conseils au candidat colon

Les anciens de Mada­gascar comme Alfred Grandidier, aiment donner aux candidats colons des conseils éclairés concernant leur immigration dans la Grande île. Il est surtout question d'une discipline de vie, du genre: « il est indispensable d'observer des règles d'hygiène, d'user beaucoup des ablutions d'eau froide, de ne jamais sortir à jeun, d'être sobre, de ne pas veiller, de faire bouillir l'eau que l'on boit ».
Et les conseils se poursuivent dans la même lancée. Après les ondées, lorsque le soleil est chaud, il faut éviter de sortir pour que les yeux ne subissent pas les réverbérations et pour ne pas souffrir de migraine qui généralement, entraîne la fièvre. Lorsque le nouvel immigrant éprouve de la courbature, il doit prendre immédiatement un ou deux cachets de bromhydrate de quinine pendant deux ou trois jours. « Il vaut mieux apporter les remèdes de France: ils y sont de meilleure qualité et moins chers qu'à Madagascar ».
Autre conseil judicieux: le colon réussira mieux dans la Grande île s'il vient accompagné de sa femme et de ses enfants. Il se trouvera ainsi dans un milieu sain, son moral sera soutenu et
il évitera les « fréquentations pernicieuses ». Pour effectuer les paiements, il est commode d'être muni d'un carnet de chèques du Comptoir
d'escompte, mais il faut aussi apporter quelques billets de banque car les bons et les mandats de poste n'existent que dans les grandes villes. Si
le colon est isolé, il fera bien de laisser à un
correspondant, dans la ville la plus proche, une certaine somme avec laquelle ce dernier paiera les menus objets qu'il commande.
Dans tous les cas, il est préférable pour le colon de venir dans la Grande île avec son vin, son épicerie, ses conserves, sa farine, et ses briques s'il veut faire un petit four. Cela lui reviendra moins cher que de les acheter à Madagascar. Il en est de même pour les vêtements, en particulier chauds, et les couvertures de laine car pendant au moins six mois, de
2 heures à 6 heures, il fait froid (entre 15° et 10°). Parmi les vêtements, il faut prévoir des chemises ainsi que des ceintures de flanelle et de caoutchouc. Les chaussures sont chères dans l'île, aussi le colon fera-t-il bien de s'en pourvoir en France pour un ou deux ans et les brodequins de chasse munis de petits clous sont à adopter de préférence. Le colon devra aussi arriver avec de la vaisselle, des casseroles, des gobelets en fer émaillé. « On en trouve à Masindrano mais à un prix double de celui auquel ils sont vendus en France ».
Pour transporter tout cela, il est avantageux de se servir de malles peu volumineuses. Et pour les ranger, il faut une petite armoire à linge, un petit buffet de salle à manger, sans oublier quelques chaises, le tout démontable. « Il est nécessaire d'acheter à Marseille quelques fauteuils pliants pour se reposer chez soi. À Port-Saïd, on trouvera des casques et chapeaux en caoutchouc et moelle d'aloès. En marchandant, on a le tout à bon marché ».
Les bagages du colon ne se résument pas à cela. Avec lui, on doit aussi trouver des outils de charpente, des rabots, des ciseaux, des scies, etc. Il doit également se préparer à
« dresser » des Malgaches pour construire sa grande case. « Il y a bien des charpentiers créoles, mais ils sont si paresseux et si exigeants sur les salaires et sur toutes choses que l'on est dans la nécessité de se passer de leurs services ».
Quarante ou cinquante pelles jardinières, peu lourdes, seront utiles pour le défonçage du sol. « Les outils qui se vendent à Madagascar sont chers et de mauvaise qualité. Apportez quelques pulvérisateurs, un baril de sulfate de cuivre, un baril de chaux, un baril de mélasse, ingrédients nécessaires pour détruire l'hémileïa qui attaque les caféiers ». Parmi les accessoires, il ne doit pas oublier des vis à bois, quelques paumelles,
targettes, crochets, fiches chanteau, une chaîne en fer pour pirogue, quelques cadenas.
Dès qu'il débarque à Mahajanga ou à Toamasina, le colon est conseillé d'acheter des filanjana car dans les autres contrées de l'île, on n'en trouve pas, du moins à bon compte. Enfin,il devra se munir d'armes, un revolver au moins, un fusil de chasse, un fusil de guerre Winchester. « Il devra aussi être pourvu d'amorces, de poudre et de plomb ».

Pela Ravalitera

Samedi 20 octobre 2012

L’Express

Publié dans Notes du passé

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