2012-10-26 Le début de Lyautey en tant que chef colonial

Publié le par Alain GYRE

Le début de Lyautey en tant que chef colonial

De retour à Mada­gascar, le 10 juin 1900, après quelques mois de vacances-mission, le général Gallieni nomme son émule, le colonel Hubert Lyautey, commandant supérieur du Sud. Cette importante décision s’explique par le fait que, dans ces contrées éloignées, l’œuvre de pacification et de pénétration n’est pas encore terminée. « Pour la mener plus vite à bien, il fallait accorder une importance plus grande qu’on n’avait fait jusqu’alors au facteur ethnographique » (RP Adrien Boudou).
Betsileo, Tanala, Antemoro, Antesaka, Antefasy, Antanosy, Antandroy, Mahafaly et Bara peuplent ces régions et il faut tenir compte des différences de races et de mœurs. D’où la conclusion du gouvernement central : « Le placement temporaire sous une autorité unique de ces différentes régions permettra seul d’aboutir à la constitution de groupements de population par races et par familles, base d’une division ultérieure du pays en provinces civiles logiquement et définitivement organisées et d’obtenir la pacification complète de ces régions et leur ouverture à la colonisation et au commerce ».
C’est donc la tâche extrêmement complexe assignée au commandant militaro-administratif de ce vaste territoire que couvrent trois régions : Fianarantsoa dans sa plus grande partie, Toliara jusqu’au Mangoko, et Tolagnaro en entier. C’est ici, en 1900, qu’il fait « son vrai début dans le rôle de chef colonial, exerçant action politique, administrative, économique tout autant que militaire, éloigné du pouvoir central, faisant l’apprentissage des responsabilités et des décisions, ayant en charge de populations indigènes nombreuses et diverses, et de colonies françaises et étrangères » (RP Adrien Boudou).
Ce sera pour lui une tâche écrasante, soutenue pendant deux ans sans un instant de relâche,
« avec un courage et une application qui ne faiblissent jamais ». Il s’attèle immédiatement à l’œuvre militaire jugée la plus urgente. « Les groupements hostiles les plus réfractaires » s’échelonnent dans la zone forestière et montagneuse parallèle à la côte Sud.
Du Nord au Sud, ce sont d’abord les Tanala de l’Ikongo, le groupe de Rahiandry à l’est d’Ivohibe, dans le cercle bara mais débordant sur un district de la province de Farafan­gana. Puis viennent les Tamba­vala, sur les deux rives de l’Iantara, à cheval sur la province de Farafangana.
À ces dissidents s’ajoutent d’autres qu’il faut « sinon soumettre, du moins tenir en respect ». Parmi ceux-ci, citons divers groupes au Sud, dans l’Androy, à l’Ouest chez les Mahafaly, sans parler des diverses tribus bara,
« toujours turbulentes et inquiètes ».
Le programme est chargé, surtout à l’Est, et Hubert Lyautey porte de ce côté son principal effort. De grands officiers le secondent, mais « les effectifs sont fort maigres, la contrée est un chaos de montagnes et de gorges boisées, la pluie presque continuelle, l’ennemi audacieux et obstiné : tout cet ensemble rendait extrêmement pénible l’œuvre de pénétration et de pacification. On n’en vient à bout que par des séries de campagnes très dures ».
Un an et demi plus tard, Lyautey s’irrite de la vie de grand pacha que ses amis de France pensent qu’il mène. « Depuis seize mois, j’en ai bivouaqué dix et mon rôle capital et ma raison d’être ont été de mener une des campagnes coloniales sinon des plus meurtrières, du moins des plus sérieuses comme envergure et comme programme qui aient été menées ici ». Le 10 mai 1902, il quitte son commandement qui est disloqué, le gros œuvre étant terminé. Une lettre officielle de Gallieni apprécie l’œuvre de son illustre collaborateur. Le
3 juillet, ce dernier s’embarque à Toamasina pour la France, mais il ne tarde pas à retrouver l’Afrique: la division de l’Oran, les confins algéro-marocains, la résidence générale du Maroc, jusqu’après la Grande guerre. Une longue carrière que le maréchalat consacre.

Pela Ravalitera

Vendredi 26 octobre 2012

L’Express

Publié dans Notes du passé

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