2012-10-27 Kingdon et sa première entreprise aventureuse

Publié le par Alain GYRE

Kingdon et sa première entreprise aventureuse

 «Le traité franco-merina de 1885, en imposant à Madagascar le paiement d’une lourde indemnité de guerre, mettait Rainilaiarivony devant une dure nécessité : trouver, par n’importe quel moyen et au besoin à l’extérieur, les sommes considérables qu’une organisation financière rudimentaire ne lui permettait pas de trouver dans le pays » (Jean Valette, archiviste-paléographe).
Cette situation embarrassante qui risque, sous l’emprise des nécessités, d’obliger le Premier ministre à abandonner certains principes qu’il a jusqu’alors défendus avec vigueur (interdiction à un étranger d’être propriétaire à Madagascar), ne va pas tarder à lui amener des promesses de concours étrangers.
Le premier à se présenter est Kingdon, délégué d’un syndicat anglais qui arrive à Antananarivo début juin 1886. Désireux de se rapprocher de la Grande-Bretagne pour faire contrepoids à l’action française, Rainilai­arivony ne tarde pas à conclure avec lui, en août, un emprunt de 20 millions de francs à 7% d’intérêt.
« En gage du prêt qu’il consentait, Kingdon était autorisé à percevoir les droits de douanes dans six ports de Mada­gascar, à créer à Tananarive une banque d’État avec le pouvoir d’émettre des billets et de frapper de la monnaie, et à exploiter les mines d’or ».
Sans oublier la concession de 8 000 km2, presque tout le Nord-ouest, pendant soixante ans, c’est-à-dire la région sur laquelle la France prétendait avoir des droits, en vertu des accords passés en 1840 avec les rois sakalava.
L’acte de concession assure en outre de grandes immunités : pas d’impôts ni de droits de douanes à payer, toute liberté de prendre gratuitement le bois des forêts et l’autorisation d’avoir un petit corps de troupes à son service « pour pourvoir à l’ordre et à la tranquillité de la région ! ».
Dès la conclusion de ce contrat alléchant, Kingdon qui, de toute évidence, n’a aucun sou vaillant, retourne vite en Angleterre pour constituer une société afin de recueillir les fonds nécessaires. Aussitôt, le gouvernement français « s’émeut des avantages exorbitants concédés à Kingdon » et décide de s’y opposer en publiant « qu’il considérait l’emprunt comme une violation des accords franco-merina et qu’il ne lui reconnaissait donc aucune valeur ».
La conséquence en est que les financiers britanniques retirent leur concours à Kingdon qui voit l’effondrement de ses rêves.
Mais il ne tarde pas à réagir. Certes, il ne peut fournir les 20 millions au Premier ministre qui, du reste, comprend que le gouvernement français est « en grande partie responsable de l’échec ».
De plus, opposer Anglais et Français n’est pas pour lui déplaire. Et bien que le prêt soit accordé peu de temps après par le Comp­toir d’escompte de Paris, sur l’influence du résident général Le Myre de Vilers, il confirme les concessions qu’il a accordées à Kingdon.
Pour mettre en valeur les régions concédées, celui-ci essaie de trouver l’argent nécessaire début 1890. Plus ou moins compromis auprès des milieux bancaires, il préfère agir via un certain Dawson « qui se parait du grade de capitaine ». Et The Madagascar Mercantile and Development Syndicat Limited of London est né.
À nouveau le gouvernement français fait savoir « qu’il ne reconnaissait aucune valeur aux concessions accordées par le PM ». Et de nouveau, les financiers anglais s’abstiennent de placer des fonds dans une entreprise aussi aventureuse.
Cela ne décourage pas pour autant les promoteurs de l’entreprise nouvellement créée. Dawson, seul directeur apparent, présente en mars 1890 deux projets de contrats au PM. Le premier sollicite l’exclusivité du droit de chasse aux crocodiles dans le Lac Alaotra et dans les rivières et marais entre Ivondro et Mananjary, ainsi que la franchise d’entrée pour l’équipement et le matériel nécessaire aux chasses.
Le deuxième contrat concerne la coupe et l’exportation des bois de haute futaie qui constituent la forêt du Mont d’Ambre, une reprise de la concession déjà accordée à Kingdon mais pour vingt ans. Mais Rainilai­arivony ne donne plus suite au projet.

Pela Ravalitera

Samedi 27 octobre 2012

L’Express

Publié dans Notes du passé

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