2012-10-30 Coutumes et interdits dans l'habitat imérinien

Publié le par Alain GYRE

Coutumes et interdits dans l'habitat imérinien

Le Malgache, très attaché au culte des ancêtres, respecte dans tous domaines les interdits et les coutumes que lui a légués la tradition. La construction de la maison n’échappe pas à cette règle et elle obéit à un certain nombre de lois. « Malheureusement, cette architecture trop souvent victime de l’ignorance et de la passion effrénée du modernisme, disparaît peu à peu pour être remplacée par un style plus impersonnel et plus anonyme et sans âme » (Jean-Pierre Testa, École supérieure des beaux-arts de Paris). Celui-ci a réalisé une étude dont l’objet est d’examiner les principales transformations de l’habitat dues aux apports extérieurs et, en particulier, aux missionnaires, entrepreneurs et commerçants. Ces derniers ont joué un rôle essentiel pour le développement de la Grande île et
« l’ouverture du monde malgache à l’Occident ».
En Imerina, la case traditionnelle est implantée de façon rigoureuse selon un axe Nord-Sud, pour tourner le dos aux alizés qui apportent les pluies du Sud-est. Elle est pourvue d’une porte et d’une fenêtre sur sa façade occidentale. La négligence de ce principe qui repose en partie sur une logique climatique, exposerait le propriétaire aux ennuis les plus graves. « Celui qui placerait la porte de la case au sud, deviendrait sorcier ; à l’est, verrait sa femme mourir ; et au nord, attirerait la foudre ». Cette implantation invariable en Imerina peut être différente dans d’autres régions. « Peu à peu, les implantations en bordure de route modifient l’orientation, et les jeunes habitants des villes transgressent généralement ces règles ».
La case traditionnelle est divisée en 12 parties correspondant aux 12 mois lunaires, avec 4 phases mères aux angles et 8 phases enfants disposées par deux le long des murs. À chaque mois correspond une place et une vocation particulière. Le « Mpanandro » (devin), détenteur des secrets des coutumes, est consulté avant la construction. Respecté et écouté, il indiquera l’emplacement, l’orientation et les dates à respecter pour la construction. Moins puissant à la ville, à la campagne il a une très grosse importance, il est consulté sur tous les sujets.
Le premier jour des 3e, 4e et 5e mois lunaires, en principe des jours fastes, sont particulièrement recommandés pour commencer les fondations de la maison comme pour en prendre possession.
En revanche, il est interdit de commencer une construction les mois d’Alahamady, sous peine « de ne pas atteindre la vieillesse » ; d’Adaoro car « on aurait peu de prospérité » ; d’Adizaoza où « l’on s’expose à mourir jeune » ; d’Alahotsy car cela « enlève toute chance de devenir riche » ; d’Alakarabo car cela « donnerait des enfants jumeaux ». En outre, y pénétrer la première fois un dimanche est une menace de pauvreté. Enfin, on ne commencera ni n’occupera une maison le jeudi.
Parmi les matériaux, sont interdits les bois de « vitanina » et d’ « amontana » qui attirent la foudre, d’ « aviavy » qui fait mourir jeune, de « tambitsy» qui anéantit la descendance. Certains bois sont à usage défini, tels le « merana » pour les poteaux et piliers d’angle, le « varongy » pour les poutres d’une seule pièce.
Dans certaines régions, l’usage de la terre est « fady », la coupe des roseaux et d’herbes (bozaka) pour la confection des toitures se fait à une époque bien précise, la pose de la première touffe d’herbes sur le pignon nord est faite par la mère de famille…
Et pour les Malgaches, nombre impair signifie qu’un développement est possible, car les mesures impaires ne sont pas définitives, la maison s’améliorera : Les dimensions d’une maison sont de nombres impairs ainsi que les nombres de poteaux, de madriers constituant les parois, ou des assises successives des murs de terre.

Pela Ravalitera

Mardi 30 octobre 2012

L’Express

Publié dans Notes du passé

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