2012-10-31 Le bois, un matériau rare et noble

Publié le par Alain GYRE

Le bois, un matériau rare et noble

En Imerina, le bois, matériau rare et précieux sur les Hauts-plateaux, est au début du XIXe siècle réservé aux classes riches et nobles. Cette pratique qui met en relief le rang social est consacrée par le roi Andrianampoinimerina. Celui-ci est pratiquement le premier à réglementer la construction dans la ville haute, la division en quartiers et l’interdiction d’employer la terre ou la pierre pour les cases nobles. Celles-ci « étant approximativement bâties sur le même plan et selon la méthode traditionnelle, seules variaient les dimensions et la qualité de la construction » (Jean-Pierre Testa, École nationale supérieure des beaux-arts de Paris).
La maison est principalement constituée de trois poteaux principaux qui soutiennent le faîtage et les poutres de rive. Les murs sont formés de madriers verticaux assemblés par rainures et languettes, quatre piliers d’angle assurant le contreventement général.
La toiture de chaume (bozaka) à pente assez importante (50° à 60°) est surmontée de deux tiges en V au sommet de chaque pignon. Ces tiges, dont la hauteur indique le rang social du propriétaire, semblent être le prolongement de la coutume de suspendre à ce même endroit un crâne de zébu, et les ouvertures, une porte et une fenêtre sont invariablement placées sur la façade ouest.
L’orientation et l’agencement intérieur correspondent à la tradition astrologique qui s’est perpétuée et que l’on retrouve encore dans les usages des Hauts-plateaux. « Si la coutume et les interdits imposent cette orientation des ouvertures à l’Ouest, elle coïncide avec la meilleure orientation géographique, la façade ouest étant la mieux protégée des vents, pluies et tornades de l’Est ».
Aujourd’hui, les exemples de case traditionnelle sont très rares. Seuls nous restent les édifices royaux qui ont fait l’objet de différentes restaurations et ont conservé leur caractère original.
En milieu rural, l’habitation traditionnelle pour les classes sociales les plus pauvres, est faite de terre et de chaume ou feuilles de roseau pour la toiture. Mais l’orientation et la construction répondent aux mêmes rites que les maisons de bois.
La terre utilisée est une argile latéritique d’une extrême finesse et de très bonne compacité. Elle est choisie avec beaucoup de soins, humidifiée et malaxée à pied d’homme ou avec l’aide des bœufs dans une fosse. Ce, jusqu’à l’obtention d’une pâte qui répond à des qualités parfaites de plasticité et de compacité.
La terre est amenée à pied d’œuvre par blocs que le maçon façonne en un cordon continu sur le lieu de construction. Il n’entreprend l’assise suivante qu’après la fin et le séchage de la précédente. « Ce type de mise en œuvre continue a pour effet de constituer une véritable poterie, introduisant certaines contraintes favorables à la stabilité ».
Par la suite, les murs sont enduits d’une pâte plus plastique qui assure une protection selon les argiles utilisées. La couleur de la construction peut ainsi aller d’un ocre très clair au rouge brun vif, et un fouettage de mur à l’aide d’herbes chargées de sève provoque la formation d’une véritable pellicule qui protège contre le ruissellement, principal facteur de dégradation.
Cette méthode employée pour les murs de clôture (tamboho) des fermes, les riches résidences et les remparts vieux de plus de 100 ans laissent encore aujourd’hui un témoignage de la perfection de cette technique.
« Dès l’arrivée des Européens, les souverains et les riches notables ont à cœur de construire de beaux palais et de belles maisons de bois, symbole de leur puissance ». C’est un entrepreneur français, Louis Gros (ou Legros) qui le premier construit pour Radama 1er le premier palais de bois à étage et à véranda à Soanierana. Mais il n’existe plus.

Pela Ravalitera

Mercredi 31 octobre 2012

L’Express

Publié dans Notes du passé

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