2012-11-05 Deux techniques pour la cuisson de la brique

Publié le par Alain GYRE

Deux techniques pour la cuisson de la brique

Si depuis toujours, les Malgaches connaissent parfaitement l’utilisation de la terre comme matériau de construction, c’est à l’Anglais Cameron que l’on doit, en 1829, l’utilisation de la brique d’argile séchée au soleil. Elle est assemblée par un mortier d’argile également et recouverte d’un enduit du même mortier traité superficiellement par fouettage d’herbes ou badigeonnage de lait de chaux.
L’élaboration de la pâte d’argile servant à la fabrication des briques, reste la même que celle de la terre à bâtir.
« Les premières constructions de briques crues comportaient des pièces de bois pour les éléments horizontaux, linteaux, planchers et pour les piliers de véranda » (Jean-Pierre Testa, Ecole supérieure des beaux-arts de Paris). La brique crue va très vite se combiner à la brique cuite dès son apparition, mais elle reste cependant un matériau de base très économique qui trouve son emploi aujourd’hui.
La technique de cuisson des briques sera introduite par le Français Jean Laborde qui construira le premier four à briques selon un modèle archaïque français. Le four bâti de façon définitive est conçu comme un fourneau avec foyer et chambre de cuisson. « Bien que ce procédé ait donné de bons résultats sur la qualité de la cuisson, il est abandonné au profit de la technique hollandaise qui, si elle donne des qualités de cuisson très irrégulière, permet un rendement très supérieur ».
Dans les années 1970, quelques rares exemplaires de ce four à la française sont visibles près de riches résidences bâties dans les environs d’Antanana­rivo. La technique de cuisson des briques entraînera la fabrication de tuiles de type écaille qui remplaceront, jusqu’à l’arrivée de la tôle ondulée, ces couvertures de chaume et les rares couvertures de bois réservées aux palais et riches demeures.
La technique hollandaise qui doit se généraliser vers la fin du XIXe siècle, remplacera définitivement la technique introduite par Jean Laborde. Elle reste encore largement utilisée, comme on le voit en saison sèche dans les rizières où se dressent « d’importants troncs de pyramides, laissant échapper des filets de fumée qui en indiquent le fonctionnement ».
Jean-Pierre Testa explique :
« Ces fours sont constitués par les mêmes briques crues destinées à la cuisson. La base de la pyramide comporte un certain nombre de foyers. Ces foyers sont remplis de bois, puis les briquetiers continuent la construction avec les briques crues préalablement séchées au soleil. Les briques sont disposées de manière à ce que la flamme soit divisée et répartie au maximum dans le corps de la pyramide. La partie supérieure est recouverte de terre et les parois enduites de terre ».
L’utilisation de la brique cuite dès son apparition au XIXe siècle va se généraliser, combinée à la brique crue. Utilisée seule ou avec la pierre, elle sera l’élément essentiel qui donnera à l’habitation son caractère original. « Employé de façon audacieuse, elle entrera dans la composition de tous les éléments de l’habitation, voûtes, cheminées, porches ».
Traditionnellement, la pierre est réservée à l’usage des tombeaux et des fortifications. Murs ou portes à disque, elle sera utilisée la première fois de façon artistique par Jean Laborde pour ériger le tombeau du Premier ministre Rainiharo en 1835. « L’interdiction de bâtir une habitation en pierre dans le Rova pour les castes nobles, retardera son utilisation. Les premiers missionnaires l’utiliseront pour bâtir temples et églises ».
Ce n’est qu’en 1869 que Ranavalona II abolit la vieille loi instaurée par Andrianampoini­merina lorsqu’elle se convertit au christianisme. Elle fait revêtir de pierre par Cameron le Palais de bois de Manjakamiadana construit en 1840 par Jean Laborde.

Pela Ravalitera

Lundi 05 novembre 2012

L’Express

Publié dans Notes du passé

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