2012-11-06 La pierre pénètre dans le Rova d'Antananarivo

Publié le par Alain GYRE

La pierre pénètre dans le Rova d’Antananarivo

Avec la conversion au christianisme de Ranavalona II et du Premier ministre Rainilaiarivony en 1869, la pierre acquiert son titre de noblesse. Il sera le matériau de choix employé pour fabriquer les nombreux piliers à chapiteau en forme de lotus qui soutiennent les vérandas des riches maisons bourgeoises.
« Tout un art va naître, composé de divers apports, indiens, grecs… selon le modèle et l’utilisateur » (Jean-Pierre Testa, École supérieure des Beaux-arts de Paris).
La même reine devra également lever l’interdit sur l’habitat. Décision nécessaire puisqu’elle décide de faire construire un temple en pierre dans l’enceinte du Rova et de faire recouvrir de pierre le Palais de Manjaka­miadana.
La pierre et la brique transformeront radicalement l’aspect de la ville en quelques décennies. L’habitat traditionnel disparaît rapidement au profit des « nouveaux venus ».
À son retour d’Afrique du Sud, Cameron édifiera des maisons d’un style encore en vogue au XXe siècle.
« Selon qu’elle est construite par un riche ou une personne moins aisée, elle comprendra plus ou moins de pièces, mais la distribution restera la même ».
La maison modeste est composée d’un étage et d’un grenier qui sert de cuisine, d’une véranda sur piliers de briques cuites, de deux pièces au rez-de-chaussée séparées par l’escalier qui mène à l’étage. Si les murs sont en briques cuites ou séchées au soleil, les coins et les linteaux, eux, sont toujours en briques cuites. Les murs intérieurs et extérieurs sont crépis de terre, un toit en tuiles ou en chaume à deux pentes rappelle les couvertures traditionnelles en chaume par l’angle de ses versants.
La maison de gens plus aisés comporte jusqu’à six pièces, mais le style est le même. Seuls les matériaux diffèrent : murs en briques cuites très soignées, linteau et piliers de véranda en pierre sculptée.
Un autre bâtisseur, Pool créera un style spécialement réservé aux maisons des dignitaires et des gens riches.
« La pierre et la brique sont employées de façon plus judicieuse, la sculpture plus abondante forme de véritables guirlandes de pierre, la cheminée en croupe de toiture permet d’identifier les maisons dues à cet architecte ».
L’habitat de formule bourgeoise anglaise voit son intérieur se parer d’escalier à balustres tournés, de garnitures de cheminée en bois précieux sculpté de fleurs et de feuilles, de hauts plafonds. Du papier peint et des lambris dorés « achèvent l’illusion ».
Antananarivo devient une ville moderne. Seule ombre au tableau, « les emplacements sont toujours ceux fixés par Andrianampoinimerina ».
En résumé, dans le Rova sous Ranava­lona II, Manjakamiadana se couvre d’une coquille de pierre. Un Palais de justice en piliers de pierre, s’érige pas loin de là, à Ambaton­drafandra. Le Premier ministre Rainilai­arivony rase le magnifique Palais de bois de ses ancêtres et Pool élève à la place celui d’Andafiavaratra. Les portes de la ville sont depuis longtemps hors d’usage. Les principaux édifices cultuels sont en pleine construction.
« Mais si l’habitat a réussi à se libérer, il n’en est pas de même pour les voies de circulation qui sont peu différentes de celles du temps de Radama 1er » (1810-1828).

Pela Ravalitera

Mardi 06 novembre 2012

L’Express

Publié dans Notes du passé

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