2012-11-08 Il était une fois, la colline d'Analamanga

Publié le par Alain GYRE

Il était une fois, la colline d’Analamanga

Il y a longtemps, très longtemps, des navigateurs malayo-polynésiens sont jetés, par accident semble-t-il, sur les côtes de Madagascar. Ces Hova aux yeux étirés et bridés, aux pommettes saillantes, aux cheveux noirs et lisses, au teint cuivré, font souche dans la Grande île. Ils engendreront la race des chefs qui étendra sa domination sur les Hauts-plateaux.
Sur ces terres aux contrastes saisissants, ils choisissent, dit-on, pour premier établissement le petit pays d’Anerinerina. On les retrouvera plus tard à Ampandrana, puis à Imerimanjaka. Alors, dans une marche circulaire des conquêtes tout autour du futur emplacement d’Antananarivo, on les vit fonder des postes fortifiés sur des buttes appelées Alasora, Ilafy, Ambohitrabiby, Ambohidratrimo et Ambohi­manga, leur avant-dernière station.
Une enceinte de palissades de pisé ou de blocs superposés, souvent doublée de fossés, constitue le Rova, le village féodal. Des portes de bois ou de granit devant lesquelles on roule une énorme pierre circulaire, donnent accès à ces refuges gardés par des vigiles. Car étrangers au pays, envahisseurs décidés mais conquérants peu nombreux, les Hova avaient à lutter contre les premiers possesseurs du sol, «les Vazimba » (Urbain-Faurec). Et pour se défendre contre leurs représailles que la légende dépeint terrifiantes, les nouveaux venus installent sur les crêtes des campements faciles à préserver. Cependant, avec obstination, ils transforment en rizières les marécages voisins.
La plus haute des 12 collines dominant les Plateaux (1468m) porte le nom d’Analamanga, « la forêt bleue » ou « au bois joli ». On y est « près du ciel » (Imarivolanitra) et sa position est d’autant plus forte qu’un abrupt d’une centaine de mètres rend son versant ouest inaccessible. Analamanga, avec le ravin d’Ambatoborodamba (la roche où le lamba se déchire), justifie le choix par les roitelets hova de cette forteresse naturelle pour citadelle-capitale, d’autant que le roc domine et commande la plaine fertile où coule l’Ikopa, ainsi que toutes les terres alentour qui forment des milliers d’hectares de bonnes terres propres aux cultures et aux rizières.
On comprend ainsi la singulière attraction que ce mont Analamanga exerce pendant deux siècles sur les Merina, de même que s’expliquent les luttes acharnées livrées pour sa possession. Car l’histoire d’Antananarivo est celle de la conquête d’Analamanga et cette conquête est étroitement liée avec l’immense labeur de défrichement, d’assèchement des marais et d’implantation des rizières, œuvre entreprise dès la fondation de la ville.
La tradition attribue cette fondation à Andrianjaka, seigneur d’Ambohimanga (1610-1630). Selon la légende, il campe avec ses troupes à Ambohitsiroa où il prononce ces paroles mémorables : « Nous ne pouvons pas être deux ». Une manière d’annonçcer sa volonté d’être l’unique maître de la conquête entreprise. Cela fait, le prince envisage de coloniser le haut de la colline et y établit 1 000 hommes comme colons. D’où Antananarivo, la Cité des Mille, explique-t-on.
Certains contestent cette étymologie traditionnelle. Pour eux, le mot « arivo » à valeur d’un augmentatif, très usité en malgache dans les noms de lieux et de personnes, signifierait simplement « la grande ville », telle qu’elle était aux yeux des paysans.
Andrianjaka entreprend les travaux d’assèchement des marais du sud de la ville en vue de les transformer en rizières. La digue d’Ankadimbahoaka (le fossé du peuple) date de son règne. Ce qui favorise le peuplement et la ville prend consistance de centre politique et économique. Près d’un siècle de paix relative lui aurait assuré une principauté définitive si le royaume n’est pas divisé au début du XVIIIe siècle : la rupture de l’unité enlève à la ville son rôle de premier plan. Mais elle le retrouvera quatre-vingt-dix ans plus tard.

Pela Ravalitera

Jeudi 08 novembre 2012

L’Express

Publié dans Notes du passé

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