2012-11-10 La détention de "ody", un grand crime

Publié le par Alain GYRE

2012-11-10 La détention de « ody », un grand crime

Il n’est pas très recommandé, jadis du temps des roitelets et des seigneurs territoriaux, de se faire un ennemi avoué ou non. Cela risque de mettre un innocent dans le même sac que le criminel invétéré et aboutir à sa mise à mort, selon les méthodes en vigueur à l’époque. Parmi celles-ci, quatre sont souvent pratiquées et s’appliquent à toute personne suspectée (ou susceptible ) de détenir des « ody » (grigris) puissants et d’en user (et abuser) contre son prochain.
D’abord le « finomana » (boisson au tanguin) : le suspect doit récupérer une pierre dans une marmite d’eau bouillante où l’on a versé de la poudre de tanguin. S’il se brûle- c’est le cas pour la plupart des suspects- il
est coupable et doit boire de cette plante vénéneuse.
Le « lel’antsy » est assez semblable. On fait rougir au feu la lame du couteau et on l’applique sur la langue du suspect. Si elle est boursouflée, il est coupable et doit donc être mis à mort.
En réalité, si le suspect est vraiment coupable, il possède aussi un « ody may » pour le protéger de toute brûlure et il s’en sortira blanc comme neige.
Ensuite, le « rano be voay » consiste à plonger le suspect dans une rivière infestée de crocodiles. Si ceux-ci ne réagissent pas, c’est qu’il est coupable car (c.q.f.d.) il détient un puissant « ody fanidy » qui « ferme » ces bêtes féroces et les empêche de bouger.
Verdict : condamnation à mort. Enfin, par le « sosoa mora », on fait ingurgiter au suspect une pleine marmite de riz bouilli au tanguin. S’il arrive à tout régurgiter, il est jugé innocent.
Pourtant, parfois ses accusateurs n’acceptent pas ce jugement (le juge peut parfois « arranger » la dose de tanguin employée !) et lui font boire du tanguin en cachette des juges-notables et du fokonolona. En fait, rares sont les suspects, coupables ou innocents, qui s’en sortent vivants.
Quand Andrianampoini­merina arrive sur le trône et réunit tout l’Imerina, il met fin à ces « dispersions de méthodes qui prouvent l’anarchie et favorisent l’injustice ». Seul le jugement par le tanguin est maintenu.
Les crimes sanctionnés par cette peine portent sur la détention et l’usage de « ody » puissants » : les « ody fangalarana » pour voler, les « fihadiam-pasana » pour piller les tombeaux, les « fihadiam-bodirindrina » pour cambrioler, les « fandrava­laka » pour semer le désordre ou la zizanie, les « kabary tsy misy » pour rendre muet , les « ody fitia » pour rendre fou d’amour (au sens propre du terme) , les « mamo­rika » et « mamosavy » pour tuer.
Plus particulièrement, toute personne suspectée de détenir un « ody tsy matin-tangena » qui la protège donc des effets mortels du tanguin, ou d’avoir fait un pacte avec une bête féroce (fatidrà amina biby) ou avec un « ody » (fatidrà amin’ody), est passible d’une mort immédiate.
En organisant son service judiciaire, Andrianampoinimerina place au sommet de la hiérarchie, en tant que juges royaux, les Zanakandrianentoarivo. C’est une grande responsabilité qui mérite compensation, car ils doivent juger en toute équité et sans discrimination.
Le dixième des biens du coupable leur revient. De quoi susciter bien des tentations auxquelles ils se laissent attirer : les riches suspects, même innocents, qui passent devant eux sont tous déclarés coupables.
Face à cette corruption qui ternit une « si honorable fonction » et qui « tue ses gens innocents », Andrianampoinimerina les destitue et les remplace par les Andriamasinavalona qui officient désormais en présence de « vadin­tany » (huissiers).
En outre, dorénavant le jugement par le tanguin ne se pratique que dans quelques cas : le « finomanam-panjakana » contre les sorciers, le « alan’andriana adidy » implique tout un village quand un noble ou un messager royal trouve une mort inexpliquée; le « tavibe » se déroule deux mois avant une circoncision dans la famille royale ou dans la communauté ou avant une circoncision communautaire.
Dans le « tan-tsamirery » ou « hai­karo », l’accusateur n’est pas le fokonolona, mais une personne qui doit payer des dommages à son suspect qui s’avère innocent. Enfin, dans le « manadio tena » qui se tient quand il y a suspicion au sein d’une famille ou d’un village, l’accusé demande de « l’eau au roi » pour se purifier de la calomnie. S’il s’en sort vivant, il offre un festin au fokonolona.

Pela Ravalitera

Samedi 10 novembre 2012

L’Express

Publié dans Notes du passé

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