2012-11-16 Une main d'oeuvre agricole venue du Centre

Publié le par Alain GYRE

Une main-d’œuvre agricole venue du Centre

À la demande du gouverneur général Gallieni, les chefs de province remplissent un questionnaire qui permet d’établir de manière assez exacte qu’en 1901, plus de 25 000 originaires des Plateaux (11 498 Merina et 13 748 Betsileo) émigrent.
Et même, en tenant compte de l’émigration temporaire due à l’exploitation des placers de la province de Mananjary (environ 7 500 de chaque tribu), « on constate que la plupart des indigènes ont quitté le plateau central sans esprit de retour » (…)
« Les commerçants dominent sur la côte Est, dans le Sud et le Sud-ouest. Les agriculteurs sont nombreux sur la côte Nord-ouest, de même dans le Nord-est (Maroan­tsetra) où l’importance des bénéfices produits par la culture de la vanille balance les dangers résultant de l’insalubrité relative du climat ».
Dans la province de Main­tirano, pour des raisons de sécurité, « Hova et Betsileo n’ont pas encore pénétré ».
Dans les réponses des chefs de province, Raymond Decary et Rémy Castel, administrateurs en chef et scientifiques, dégagent en outre un certain nombre de renseignements. Ainsi, dans le territoire militaire de Diego-Suarez, les immigrés sont établis pour la plupart depuis longtemps.
L’installation de l’un d’eux remonte même à 1859 : on sent l’influence de la sécurité apportée par une occupation française déjà ancienne.
Les nouveaux venus sont à la fois commerçants et agriculteurs. À Nosy Be, il y a très peu de Hova, aucun Betsileo. Tous les émigrés ont le portage comme unique profession.
À Mahajanga, « les premiers Betsileo, pour la plupart anciens esclaves échappés de l’Imerina qui se sont fixés dans la province, y sont venus depuis 1855 ; ils y ont fait souche et leur nombre s’est grossi des familles hova pauvres venues après l’occupation française ainsi que d’esclaves betsileo libérés en 1895 ».
La plupart des Merina sont originaires du Vonizongo, d’Avaradrano et de Marovatana. Beaucoup vivent en famille. La majorité sont des agriculteurs et, après avoir amassé un peu d’argent, ils achètent des bœufs et deviennent éleveurs.
« Beaucoup sont installés dans le district de Marovoay où la question de propriété des terres n’est pas sans soulever nombre de difficultés avec les Sakalava ».
Au Cercle de Morondava, l’établissement des Merina et des Betsileo dans les anciens postes hova de Manandaza, Morondava et Mahabo, remonte à la date approximative de 1850. Les Betsileo semblent fixés depuis longtemps dans la vallée de la Sakay (Malaimbandy, Andimaka).
Dans les postes de Mian­drivazo et Manja, l’établissement est récent et date de l’occupation française. Les émigrés sont pour la plupart d’anciens esclaves, descendants d’esclaves ou de soldats. Tous se livrent au commerce, accessoirement à l’élevage et à l’agriculture.
L’exploitation aurifère de Dabo­lava emploie, également, sur ses chantiers quelque 250 hommes. Mais ceux-ci ne résident pas dans le Cercle et viennent presque tous de manière temporaire de la province de Betafo.
Au Cercle de Toliara, l’arrivée des Hova et des Betsileo date de 1895. « Ils n’ont paru qu’à notre suite, attirés surtout par la richesse en bétail du pays bara ».
Les Merina ne sont pas aimés des populations locales, en particulier des Bara, « anti­pathie qui tient à leur âpreté au gain, leurs procédés commerciaux européens et indiens ».
En fait, ce sont surtout les colporteurs qui transportent des pacotilles de village en village. Ils l’échangent en général contre des bœufs, ce qui est sujet à caution. Tous ne font qu’un minimum de cultures.
À Farafangana, Hova et Betsi­leo sont avant tout commerçants. Ils possèdent quelques champs, mais ne les cultivent pas eux-mêmes. On constate dans cette province une émigration saisonnière superposée à l’émigration définitive.
« Ils ont l’habitude de se rendre, surtout au moment de la récolte du riz, chez les tribus de l’Ouest avec quelques bourjanes porteurs de ballots de toile et de sel. Ils échangent le sel et la toile contre le riz qu’ils revendent plus tard avec de gros bénéfices, 75 à 100% ».

Pela Ravalitera

Vendredi 16 novembre 2012

L’Express

Publié dans Notes du passé

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