2012-11-21 La chasse aux sorcières en 1828

Publié le par Alain GYRE

La chasse aux sorcières en 1828

De tous les cousins de Radama 1er, seul le prince Ramanetaka survit à la « chasse aux sorcières » qui s’ensuit à la mort du roi. Gouverneur du Boina, il peut prendre la fuite avant l’arrivée des envoyés de Ranavalomanjaka. D’après les renseignements obtenus par Benoît Joachim Dayot, informateur du gouverneur de l’île de Bourbon, une grande frayeur s’empare de la capitale suscitée par le général Ramanetaka, Berora et les Français. L’entourage de la reine cherche les moyens de leur tendre des pièges et « propose le prince des Betanimena (Coroller) pour servir ses besoins afin de tirer les marrons du feu ».
Concernant les Français et Berora, « on les flattera et on les caressera pour se les attirer ». Berora est le fils de Fiche (Fisa), prince des Betsimisaraka et à l’époque, il poursuit ses études en France.
Quant au prince Ramanetaka, son sort est scellé ! Selon Dayot, il ne lui reste plus qu’à s’emparer de la couronne en détruisant tout ce qui contrecarre son projet. En effet, au moment où la reine monte sur le trône, Ramanetaka, d’après toujours Dayot, envoie une protestation contre Ranavalona 1ère. Il la traite d’usurpatrice et lui affirme « qu’il a assez de pièces authentiques pour prouver à tous les princes, ses égaux à Madégasse, que son cousin Radama l’avait nommé son successeur au trône.
À condition que Raketaka, fille légitime de Radama et de Rasalimo, sa femme favorite, épouserait Rakotobe et lui succèderont à sa mort ». En même temps, le prince Ratsimandresy, son beau-fils, forme « à l’ombre du mystère » un très fort parti.
Malheureusement pour eux, quatre officiers attachés à Radama sont décapités- « ou plutôt sabrés avec la dernière barbarie »- sur le champ, pour avoir voulu soutenir les uns la cause de Rakotobe, les autres celle de Ramanetaka.
Le prince Ratsimandresy et six de ses compagnons sont également sagayés. Ramanetaka arrive donc à s’enfuir. « On dit qu’étant protégé par le roi des îles des Comores, il va s’y rendre pour discipliner ses gens et s’en servir dans le besoin par la suite ».
Certains bruits courent que le prince Ramanetaka, après avoir envoyé sa protestation à la reine, prend aussitôt la fuite, « sur une espèce de bateau ponté arabe », pour naviguer en direction de la côte d’Afrique.
D’autres rumeurs assurent qu’il s’embarque sur un brick américain qui s’est trouvé dans la rade de Bombetoka. Ses trois femmes l’accompagnent et il emmène avec lui « toutes ses richesses en monnaies diverses pour une très forte somme, et des armes en grand nombre, avec des barils de poudre ».
Tous ses officiers et partisans qui ne veulent pas le quitter ainsi que tous ses esclaves s’embarquent, eux aussi, sur des bateaux arabes. « Cette petite division s’est dirigée vers le Nord de Madagascar, d’où l’on présume qu’ils sont sur une des îles d’Anjouan».
Quelques-uns prétendent que le prince Ramanetaka est parti en Amérique. Le bruit court aussi qu’il laisse derrière lui 30 000 bœufs que la reine prend pour son compte.
D’après Dayot, « cette quantité est exagérée ». Dayot déclare, d’ailleurs, bien connaître Ramanetaka. « Il aime singulièrement les Français et a une aversion des plus prononcées pour les Anglais. Il a un caractère mâle, de l’intrépidité avec de la prudence et est très courageux ».
C’est pourquoi il est tant redouté. Comptant sur « l’intimité qui a existé entre ce prince et moi », Dayot pense pouvoir exploiter ces relations- car « Ramanetaka existe encore »- dans l’intérêt du souverain français dans « ce beau pays si grand et si riche en production de toutes espèces ».
En s’enfuyant, le prince Ramanetaka essaie d’entraîner son frère, le prince Ramanana­olona, gouverneur de Fort-Dauphin. Mais celui-ci s’y refuse. Il prétend lui aussi à la couronne et se met à la tête des gens du Sud contre la reine.
C’est ainsi que les chefs de cette région de l’île, Rabefantsio et Rafarantsa soulèvent leur peuple et envoient un cartel à la reine. Mais Ramananolona est moins chanceux que son frère et meurt assassiné.

Pela Ravalitera

Mercredi 21 novembre 2012

L’Express

Publié dans Notes du passé

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