2012-11-24 Don et contre-don, de quoi s'enrichir facilement

Publié le par Alain GYRE

Don et contre-don, de quoi s’enrichir facilement

 «Sandratse », « bilo » ou « salamanga ». Ce sont autant de cérémonies d’exorcisme qui ont en tout cas un effet thérapeutique et qui se pratiquent en général quand tous les autres moyens échouent et lorsqu’on suppose le malade possédé par de mauvais esprits qu’il faut chasser. Mais au fil des années, Raymond Decary, parlant du « sandratse » en pays antandroy, estime que son caractère originel dévie parfois et « son exécution peut friser sinon l’escroquerie du moins la fourberie ».
Et de citer un exemple : « Un mpanarivo (homme riche), propriétaire d’un gros troupeau, a dû, à diverses reprises et dans des circonstances variées, donner des bœufs en cadeau à des parents, amis, frères de sang… Le jour où il se sentira atteint d’une maladie bénigne, il n’hésitera pas à annoncer, un certain temps d’avance, son intention de faire le sandratse et à prier toutes ses connaissances à y assister. Les invités, en arrivant, lui font à leur tour cadeau de bœufs dont la taille devra être plus forte que celle des animaux qu’ils ont eux-mêmes reçus antérieurement ». Et comme en outre, les bœufs sacrifiés lors du « sao » sont toujours bien inférieurs en nombre aux cadeaux reçus, on voit tout le bénéfice qui peut être retiré de l’opération.
On peut dire que, comme dans les sociétés modernes, le don appelle le contre-don, mais il y a une différence majeure : dans celles-ci, le cadeau, le don est un geste spontané ; ce qui n’est pas le cas dans les sociétés de parenté à plaisanterie.
De plus, d’après Mellis, en pays antakarana celui qui a le premier contracté une obligation avec son partenaire « mpilohan­teny » ou « mpiziva » est contraint de donner par la suite un objet de valeur supérieure à celui reçu. Et s’il est obligé de rendre, il s’agit purement et simplement d’une obligation naturelle. Selon même un sociologue malgache qui a fait une étude en pays sakalava,
« l’amendement d’un ziva ne consiste pas à rendre ce qu’il a pris- car il n’y a jamais vol entre ziva et jamais dénonciation à la justice- mais à organiser une réjouissance (jama) où les partenaires emploient le libre-parler, s’invectivent et se plaisantent de façon réciproque ».
Cette règle du don et du contre-don, si elle se retrouve aussi dans le « fatidrà », par exemple chez les Mahafaly, elle est plus équitable. D’après l’ethnologue David, dans le serment du sang le pacte ne devient parfait que lorsque les contractants se sont soumis à l’obligation du don et contre-don. « Ainsi, après la conclusion rituelle du fatidrà, l’un des frères demande à l’autre et obtient un mouton et une chèvre. Au bout de cinq ou six mois, le donateur à son tour réclame un animal ou un objet de même valeur ».
« Cette première formalité qui porte le nom symbolique de fehetana (nœud des mains) ne suffit pas et il faut un don et un contre-don symétriques, en quelque sorte, des précédents ». L’initiative appartient à l’un comme à l’autre des deux frères. « Un bœuf fait l’objet d’un don. Un an plus tard- le délai est plus long dans ce cas- a lieu le contre-don qui porte sur un bœuf ». La deuxième formalité qui s’appelle « lomboke » (couverture) se trouve remplie et à partir de ce moment, l’entente est définitivement scellée.
Chacun des deux « frères » pourra disposer des biens de l’autre sur demande préalable toutefois, « sans qu’il soit nécessaire d’envisager le principe d’une restitution équivalente ». Ce lien est aussi renforcé par le devoir d’entraide garantie qu’aucune formule ne peut dissoudre. D’ailleurs, le
« fatidrà » est une institution assez différente de la parenté à plaisanterie : l’alliance résulte toujours de la volonté de deux personnes sous forme de contrat consensuel. Elle est viagère et le serment peut être annulé, mais du vivant du con­tractant. Des interdits en matière de relations sexuelles existent entre eux, à part le fait qu’ils ont, en principe, le droit de pratiquer l’échange de leurs femmes. Et enfin, ils ne disposent pas de la faculté de s’insulter.

Pela Ravalitera

Samedi 24 novembre 2012

L’Express

Publié dans Notes du passé

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