2012-12-03 Ampamoizankova, les adieux à l'Ankova

Publié le par Alain GYRE

Ampamoizankova, les adieux à l’Ankova

Dans le cadre d’une étude sur l’étymologie du mot « hova », Clovis Ralaivola part de différentes racines pour déterminer l’origine du terme (lire précédente Note). À cette famille de mots (ofo, ova, ovo), où l’idée de liberté, d’indépendance mais aussi de second plan prévaut, on peut rattacher le mot « hova ». « Dans son acception de classe, elle était effectivement plus libre et plus indépendante que celles des Andriana, quoiqu’elle constituât les sujets du royaume ». Car la classe des Andriana est liée à ses fiefs, protocolairement peu libre, le mariage, le métier, le déplacement, les relations, etc., étant soumis à des restrictions spéciales. Quant aux esclaves,
« Andevo », leur situation juridique est celle des objets.
C’est cette liberté qui permet aux Hova de sortir de l’Imerina comme commerçants ambulants, touristes ou émigrants. Ces migrateurs temporaires ou définitifs se font connaître comme étant des Hova, autrement dit, « par leur classe, présentation encore en usage de nos jours chez les Merina qui annoncent leur classe d’abord, puis le village d’origine des ancêtres ». Par exemple, Andriana d’Ambohimalaza, Tsi­miamboho­lahy d’Ilafy (clan roturier)…
Les premiers visiteurs européens qui abordent le littoral malgache, sont renseignés par les habitants que le centre de l’île est habité par une tribu appelée
« hova ». C’est ainsi que les cartes de Madagascar dressées au XVIIe siècle portent les termes « Ankova » pour Imerina et Tankova pour ses originaires. Lorsque l’esclavage est effectivement aboli au début de la colonisation française, un conflit de terminologie se fait jour lorsqu’on appelle les esclaves affranchis « hovavao » (nouveaux Hova). C’est plutôt l’idée de classe sociale qui revient à l’esprit et non celle de tribu comme la conçoivent les colonisateurs.
Pour confirmer l’évolution historique du mot « hova », certains groupes côtiers appellent les Merina, « borizano ». L’origine de ce nouveau vocable est la division des habitants de l’Imerina en deux classes sous le règne de Radama 1er, les militaires « miaramila » et les civils « borizano ». À partir de cette époque, les civils migrateurs se font connaître sous le nouveau vocable de « bori­zano ». « C’est ainsi que nous avons à Tamatave, par exemple, un quartier nommé Tanambori­zano ».
Clovis Ralaivola rappelle le nom de deux montagnes situées l’une à 85 km au Nord-Est d’Antananarivo, l’autre à 152 km au Sud, non loin d’Antsirabe. Elles s’appellent Ampamoizan­kova, au mont des adieux aux Hova. Elles sont ainsi dénommées parce qu’elles permettent chacune d’avoir une vue de l’Imerina que l’on ne peut plus voir au-delà, hova étant ici pris dans « sa seconde acception et signifie royaume ». C’est dans cette montagne du Nord-Est que les Vazaha se font une idée de l’Imerina, royaume dont l’accès leur est interdit sous le règne d’Andrianampoini­merina.
Et l’auteur de se poser quel­ques questions : « Pourquoi
les adieux des partants l’ont-ils emporté sur le salut des venants Pourquoi ces montagnes diamétralement opposées matérialisent-elles les sentiments d’un départ regretté de l’Imerina et sans espoir de retour » Il y répond lui-même. « Le nom de la montagne du Nord-Est d’Antana­narivo est donné par les esclaves qui doivent quitter l’Imerina pour les côtes orientales malgaches ou même pour l’extérieur par les ports de Toamasina et d’Andevo­ranto (littéralement lieu de trafic des esclaves). L’on sait aussi que les esclaves sont constitués d’Africains connus sous le nom de Masombika ou Makoa, et de Cafres ainsi que des prisonniers de guerres intertribales. En outre, au début, la mise en valeur des îles voisines- Sainte-Marie, la Réunion et Maurice- draine les esclaves de Mada­gascar, notamment de l’Imerina ». C’est ainsi qu’on peut conclure que la toponymie d’Ampamoi­zankova aurait pu être l’œuvre des esclaves étrangers et des prisonniers de guerre. Thèse qui ne semble pas applicable à la montagne du Sud, puisque rien ne paraît faire allusion à des envois d’esclaves de l’Imerina vers le Sud. À moins qu’il ne s’agisse des indésirables (auteurs de complot, coup d’État…) exilés avec leurs familles à Antsirabe voire à Ambositra.

Pela Ravalitera

Lundi 03 decembre 2012

L’Express

Publié dans Notes du passé

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