2012-12-06 Un dialogue public en guise de discours

Publié le par Alain GYRE

Un dialogue public en guise de discours

Jadis, les allocutions au cours d’un évènement officiel s’assimilent à un dialogue public. À l’exemple de la cérémonie d’inauguration de l’Hôpital d’Isoavinandriana, le jeudi 13 août 1891.
Le premier à prendre la parole est le
Dr Ralarosy, membre de la Medical Missio­nary Association et qui parle au nom des étudiants en médecine, debout derrière lui.
En substance, il souhaite à Ranavalona III de vivre de longs jours heureux au milieu de son peuple. Il rappelle qu’elle est venue inaugurer l’hôpital et l’assure, suivant la tradition, qu’elle est « la maîtresse absolue des étudiants, ayant droit de vie et de mort », c’est pour cela qu’ils se tiennent debout devant elle. Il lui demande des nouvelles de sa santé, de ses enfants, de celle du Premier ministre, « clé de voûte du pays et du royaume ».
La reine lui répond immédiatement : « Si vous me demandez des nouvelles de ma santé, je réponds, Messieurs, que je me porte bien. Quant à vous, comment allez-vous »
Le Dr Ralarosy reprend la parole : « Ceci est bien vrai : vous êtes le maître de la vie. Si vous allez bien, Madame, il en est de même pour nous vos serviteurs ». Et de poursuivre : « Aussi moi qui ai terminé mes études de médecine et les étudiants qui continuent encore les leurs, nous vous présentons le Hasina (pièce de 5 francs offerte par tradition à la reine en gage de sa souveraineté) et puisse ce Hasina que nous présentons, sanctifier et faire vivre votre peuple dans la paix. Puissiez-vous vivre de longs jours en bonne santé au milieu de votre peuple ».
Abordant un autre sujet, le Dr Ralarosy signale que les Vazaha témoignent de « tant de sollicitude à votre peuple » qu’il insiste pour le dire à la reine. Quelquefois, « ils n’ont même pas le temps de dormir car ils ne ménagent ni leur temps ni leur vie pour soigner votre peuple et font tout leur possible pour vous instruire ».
Puis, le Dr Ralarosy s’adresse au Premier ministre Rainilaiarivony : « Quant à ce qui est de nos études, Monsieur, faites-nous confiance car nous ne serons pas un sujet de honte pour vous auprès de Madame. Et pour ce qui est de maintenir la paix dans ce pays, Monsieur, n’ayez aucune crainte car, de loin ou de près, nous serons toujours prêts à assurer notre devoir. Que Dieu bénisse la reine ! ».
Rainilaiarivony répond en remerciant les médecins et les étudiants de « leurs bons vœux et de leur promesse d’accomplir leur devoir ».
Quant à H.E. Clarck, un des médecins missionnaires anglais de l’hôpital, il semble qu’il a déjà pris « les couleurs du pays ». « Puis-je ne pas encourir les reproches car je ne me suis pas désigné moi-même pour ce faire (à parler), mais j’ai été désigné. Et maintenant que je suis affranchi des blâmes et reproches que je pouvais encourir, voici ce que j’ai à dire. Nous avons connaissance de l’œuvre de la Medical Mission depuis ses débuts jusqu’à aujourd’hui. Nous convenons de la grandeur de l’œuvre accomplie à l’hôpital d’Analakely et l’on ne doit pas repousser du pied la pirogue sur laquelle on a passé l’eau » (proverbe signifiant qu’il ne faut pas payer d’ingratitude les bienfaits reçus).
Poursuivant son kabary, il adresse ses remerciements à la reine et au Premier ministre: « Le prophète Aggée a dit : La gloire de ce pays sera plus grande encore que par le passé. Nous vous disons merci, Madame ! Merci Monsieur le Premier ministre ! ».
Après d’autres orateurs, le Rev. Cousins et le pasteur Andrianaivoravelona, le Premier ministre au nom de la reine, remercie les Vazaha missionnaires, médecins et infirmiers, ainsi que les Malgaches. Il exprime alors la joie de la reine devant ce bel et nouvel hôpital.
Pour clore la cérémonie, J.C.Thorne donne la bénédiction finale et après l’hymne national, tout le monde se sépare dans la joie et l’allégresse d’une telle journée.
La reine se retire et « chacun se félicite de ce qu’il n’y ait eu aucun incident au cours de cette journée, historique à bien des égards ».

Pela Ravalitera

Jeudi 06 decembre 2012

L’Express

Publié dans Notes du passé

Commenter cet article