2012-12-10 Le prix d'une offense aux ancêtres

Publié le par Alain GYRE

Le prix d’une offense aux ancêtres

Tabou ou interdit, En tout cas, c’est « fady ». Les Malgaches en ont pour une raison ou une autre. Les ethnologues distinguent trois catégories de « fady », du moins en ce qui concerne la vie quotidienne d’autrefois.
Quand un clan est réuni pour faire un tel serment, le doyen pose ses mains sur les épaules du deuxième en âge et ainsi de suite jusqu’au plus jeune de l’assistance.
On jure alors que ceci ou cela serait tabou dans le clan. Le deuxième consiste en un usage qui, au fil du temps, devient tabou.
« Ici, il est difficile de distinguer entre fomba (usage) et fady (tabou). Agir à l’encontre de ce qui est l’usage, déshonore ; pécher contre le tabou entraîne toujours un châtiment. C’est cela qui les distingue ». Enfin, il y a le tabou qui a une relation avec les « ody » et « sampy ».
Et à chaque charme, à chaque idole, à chaque amulette… sont attachées plusieurs choses qui sont interdites.
C’est ainsi que les Sakalava ou autres bandes de pillards s’apprêtant à attaquer un village, s’arrangent pour y introduire d’abord des charmes qui auraient pour effet d’amener les habitants à transgresser leurs interdits.
Les idoles villageoises qui sont soit introduites dans des tuyaux et placées au sommet du mur d’enceinte, soit enfouies sous le portail (d’autres étant conservées dans les cases) en perdront complètement leur pouvoir de protection.
La même ruse est aussi employée en combat ouvert. Andrianampoinimerina utilise souvent cette stratégie.
Il est particulièrement grave pour les sorciers en possession des charmes les plus redoutables de pécher contre les tabous propres à ces fétiches, car ils seraient les premiers atteints par le mal qu’ils destinent aux autres.
Etroitement lié au tabou est l’art de l’horoscope pratiqué à cette époque (horoscope). Entreprendre une action importante un jour néfaste entraîne le châtiment sur son auteur et même sur tout son clan.
Des enterrements ou des retournements de morts, par exemple, ne doivent pas se dérouler un jour néfaste.
« On prend parfois cela tellement au sérieux que le corps doit être enterré provisoirement. Il arrive qu’il reste ainsi enterré pendant des semaines avant que n’arrive le jour fixé par le devin où l’on peut ouvrir le tombeau ancestral pour y faire entrer le corps du mort ».
Si l’on néglige de suivre l’ordre du « mpisikidy », « les ancêtres sont déshonorés » et celui qui désobéit, serait poursuivi de leur colère.
Pauvreté, maladie, mort prématurée seront le châtiment inévitable pour celui qui commet une offense pareille.
En général, on n’ouvre pas un tombeau un jeudi. On a peur du sens du nom de ce jour qui semble prédire que « si l’on ouvre le tombeau un jeudi, il y aura d’autres personnes qui suivront (au tombeau ».
Parmi les différentes choses frappées de tabou, rien n’est plus redouté que ce qui concerne les ancêtres, en relation avec la vénération et le respect qui sont dus aux vieux.
Non seulement la violation de ces « fady » est châtiée, mais aussi les péchés d’omission. Parmi ceux-ci, on peut citer le fait de ne pas donner à un défunt réputé riche et considéré des obsèques aussi honorables que l’exige sa position sociale.
Le problème est que ces interdits touchent la vie ordinaire, des actes banals. Si, par exemple, un enfant ou quelque membre cadet de la famille a l’audace de plonger sa cuiller dans le plat commun de riz avant l’aîné, le chef de famille, une telle faute contre l’interdit serait punie par une mort prématurée.
Un châtiment semblable le frapperait s’il ose manger le « vody akoho » (croupion du poulet) qui est un morceau réservé au père de famille.
Il n’est pas rare aussi qu’un « mpisikidy » dise à un malade qui vient lui demander son aide : « Tu t’es rendu coupable d’une grande faute, tu as dit du mal des ancêtres, et Dieu l’a entendu ».
Car quand les vieux « sont allés vers Dieu qui les a créés », « ils deviennent objet d’adoration- ainsi que les ancêtres en général- comme s’ils sont de la famille de Dieu, « lasan-ko andriamanitra », parti pour devenir dieu, ou bien « vadin’andriamanitra », les conjoints de Dieu.

Pela Ravalitera

Lundi 10 decembre 2012

L’Express

Publié dans Notes du passé

Commenter cet article