2012-12-14 Donner sa vie pour son souverain

Publié le par Alain GYRE

Donner sa vie pour son souverain

Une pensée courante affirme qu’autrefois dans la Grande île, un malade peut être sauvé de la mort si une personne ou un animal est immolé à sa place. C’est d’autant plus un devoir s’il s’agit d’un souverain, d’un prince ou d’un seigneur. Cepen­dant, la règle absolue éxige que l’homme à sacrifier soit pris uniquement à l’intérieur du cercle des personnes qui comptent au nombre des « parents » du malade (subordonnés ou esclaves).
L’exemple le plus frappant de ce sacrifice humain est celui de Trimofoloalina, qu’Andriamampandry, le sage conseiller d’Andriamasinavalona imagine, selon des historiens, pour sonder jusqu’à quel point le peuple lui est resté fidèle. Et ce, après que l’un de ses fils, le seigneur d’Ambohidratrimo l’a séquestré pendant sept ans. Tous ceux qui l’entourent, dit-on, cherchent tous les moyens pour maintenir la force vitale d’Andria­masinavalona devenu vieux et décrépi. Andriamampandry consulte alors un « mpisikidy » (devin) célèbre. Celui-ci répond que la vie du roi peut être prolongée si l’on trouve un homme qui donnerait volontairement sa vie pour lui. Une proclamation publique est faite à cet effet.
Mais, il s’avère que même pour le monarque, « fondement de la vie et base de la terre », il n’est pas facile de trouver des volontaires. Il faut croire que, selon l’expression consacrée- « la vie est comme une bêche unique, si elle casse aucune autre ne peut la remplacer »-, chacun estime qu’il faut prendre bien soin de la sienne. Néanmoins, un homme, Trimofoloalina se présente afin de s’immoler volontairement pour son souverain. L’homme est garrotté et présenté au peuple- « qui est venu au lieu de rassemblement »- comme une victime qui offre librement sa vie pour son roi.
C’est alors qu’Andriamampandry intervient et par l’intermédiaire du « mpisikidy » qui fait office de sacrificateur, trouve « que la vie de Trimofoloalina n’est pas exigée ». Ainsi, le devin fait une incision dans sa gorge et recueille du sang dans une petite corne de sacrifice. Une partie du sang est répandu sur le roi. Celui-ci honore grandement Trimofoloalina. Il édicte une loi proclamant que la peine de mort ne doit jamais être appliquée à ses descendants (tsy maty manota).
Beaucoup plus tard, toujours d’après la tradition, Andrianampoinimerina veut mettre à l’épreuve le dévouement de ses chefs et de ses courtisans. Il prétend être malade à mourir et fait demander à ceux qui le servent pour voir si l’un ou l’autre est prêt à sacrifier sa vie pour lui. « Les paroles du roi produisent la plus grande consternation. Tous se taisent ».
Mais l’un des plus grands et des plus considérés parmi les chefs prend la parole est déclare qu’il consent à se laisser « immoler comme victime » pour son roi et il met à nu sa gorge tout en invitant le sacrificateur à commencer l’acte rituel. Il est, à ce moment-là, annoncé qu’il ne s’agit que d’une épreuve qui va permettre au monarque de découvrir lequel est, parmi ses hommes, le plus fidèle et le plus sûr.
C’est Andriantsilavo, chef des Tsimiam­boholahy. Possédant la faveur et la confiance du roi, il est comblé d’honneur et de dignités. Andrianampoinimerina lui confie même la gestion de presque toutes les affaires de l’État et cette dignité sera héréditaire dans sa famille. C’est ainsi que son fils Rainiharo et ses petits-fils Ravoninahitriniony et Rainilai­arivony assumeront successivement les hautes fonctions du Premier ministre dans le royaume merina.
Une autre version relate toutefois qu’Andrianampoinimerina lui octroie cette récompense bien avant cette date. L’histoire indique, en effet, qu’à la veille de la bataille (1789) qui met aux prises Tsimiamboholahy d’Ilafy, partisans du roi Andrianjafy, et Tsimahafotsy d’Ambohimanga, ceux de son neveu, Andriantsilavo et le sage Hagamainty abandonnent leur souverain pour le jeune prince Imboasalama. Tous deux entraînent tout le clan avec eux. C’est à cette occasion que le futur Andrianampoinimerina déclare : « Bénis soyez-vous, tes descendants et toi, et je te dis en vérité que parmi tes rejetons, il y en aura à qui il poussera des cornes ».

Pela Ravalitera

Vendredi 14 decembre 2012

L’Express

Publié dans Notes du passé

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