2012-12-15 Les aventuriers du massif de l'Andrigitra

Publié le par Alain GYRE

Les aventuriers du massif de l’Andringitra

L’institution des Réserves naturelles à Madagascar est une chose excellente.
« Mais comme beaucoup de choses dont le principe est excellent, l’application qu’on en a faite, est parfois peu heureuse ».
Du moins c’est l’avis d’un chroniqueur scientifique anonyme qui, dans les années 1940, veut suivre les traces de Perrier de la Bathie dans l’exploration du massif de l’Andringitra.
À cette époque, quelques personnes acquièrent sur l’Andrin­gitra des idées assez précises et on en rencontre qui parlent de la possibilité d’y aller.
Mais ces derniers « apprennent bientôt qu’il faut demander une autorisation. Ils découvrent ensuite qu’on ne peut pas l’obtenir. La plupart alors renoncent… et quelques-uns essayent quand même ! »
Le premier projet date de 1940, mais échoue à cause du mauvais temps, plus exactement de la peur du mauvais temps. L’année suivante, un autre « aventurier » escalade la muraille occidentale et arrive à proximité du mont Boby, à travers une partie inconnue du massif. Mais il ne peut emmener de porteurs par cette voie, sans compter que la population de l’Ouest, les Bara Bory, fournit des porteurs fort difficiles à conduire et qui ont de ces montagnes une terreur insurmontable.
En tout cas, faute de matériel, il ne peut que redescendre. Evidemment, il n’a pas d’autorisation, et aperçu par le garde de la Réserve, il est signalé dans un rapport qui aurait dû lui causer de sérieux démêlés avec les autorités. « Mais le rapport s’arrête quelque part, dans sa lente progression vers Tananarive, de la manière la plus opportune ».
À Pâques, toujours en 1941, un autre « alpiniste » préfère « faire » dans d’excellentes conditions le massif voisin, celui de l’Ambon­drombe d’où il peut admirer, au loin dans l’Ouest, l’attirante chaîne Nord, de l’Ivangomena à l’Idondy.
En tout cas, l’attirance exercée par l’Andringitra augmente un peu chaque année.
Cependant, entre ces désirs et leur objet, « se dresse une barrière redoutable, que jusqu’ici personne,
à notre connaissance, n’a réussi à aborder de front avec succès : l’interdiction administrative ». Car l’Andringitra fait partie des Réserves naturelles. Celles-ci sont régies par une réglementation internationale très stricte.
Pour y pénétrer, il faut une autorisation qui émane d’un ministre, « je ne sais pas très bien lequel d’ailleurs, et cela est sans
intérêt car à Madagascar du moins, cette autorisation ne se donne pas souvent ».
« Vous avez beau vous engager à ne rien déranger, à vous faire accompagner partout par le garde, à fournir à votre retour un passeport détaillé, on ne vous permet pas de pénétrer dans cette zone interdite si vous n’avez pour le faire aucun motif plus relevé que l’envie innocente et irrésistible de vous y promener. Vous ne vous en tirerez pas à moins de la préparation d’un doctorat en Sciences naturelles et peut-être même, vous fera-t-on des difficultés. En tout cas, on vous fera attendre longtemps et on ne vous laissera partir qu’à contrecœur ».
L’application de la réglementation reste, en fait, lettre morte.
« Car les administrateurs du district ou de la région n’admettent jamais que l’interdiction puisse s’appliquer à leur personne et ils se font un plaisir de la violer ».
En outre les autochtones continuent à allumer des feux de brousse ou de forêt qui, trop souvent, empiètent sur les limites de la Réserve malgré les pare-feux qu’on établit chaque année « au moindre frais possible ».
De plus, pour une Réserve dont la superficie dépasse 30 000 ha, il n’existe qu’un garde à petit salaire. Il peut bien, « quand la chance le favorise », signaler parfois un « innocent » touriste, mais il ne peut éteindre les feux, ni même signaler les administrateurs en contravention.
« En un mot, l’interdiction d’aller dans l’Andringitra règne surtout dans les bureaux de Tananarive. C’est là que le touriste, respectueux des règlements, risque de se voir arrêter aux premiers pas. Mais plus on s’éloigne de la capitale pour
se rapprocher de l’Andringitra, plus il devient difficile de trouver quelqu’un qui sache exactement en quoi consiste des Réserves ou même qui
en ait entendu parler. De quoi rendre ridicule la sévérité impuissante
avec laquelle on prétend appliquer l’interdiction de pénétrer sur les Réserves à caractère strictement bureaucratique ».

Pela Ravalitera

Samedi 15 decembre 2012

L’Express

Publié dans Notes du passé

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