2012-12-18 Exécuté pour trop de confiance

Publié le par Alain GYRE

Exécuté pour trop de confiance

Àla mort de Radama 1er en 1828, sa première épouse et successeur Ranavalona 1ère s’évertue à écarter « brutale­ment » les membres de la famille royale.
Parmi eux, la sœur aînée du roi, la princesse Rabodosahondra, dont elle cache l’assassinat derrière une mort provoquée par le paludisme.
Elle craint d’encourir la disgrâce populaire pour avoir touché un membre de la famille de Radama.
C’est aussi ce sentiment qui la retient de faire tuer le prince Ratefy, époux de Rabodo­sahondra, à Toamasina, de la même façon que Rafaralahindriantiana à Foulpointe.
Ainsi, les « meurtriers » de Rabodo­sahondra se portent à Toamasina et arrêtent son mari qui, jamais, « ne soupçonna le moins du monde qu’on le traiterait ainsi. Car s’il était de haute caste noble, il n’appartenait pas cependant à la famille royale de Radama, ne lui étant allié que par le mariage ».
D’après l’historien Raombana, sous escorte il est conduit en Imerina. À son arrivée à Ambatomanga, à quelques kilomètres de la capitale, Ranavalona 1ère envoie à sa rencontre un grand nombre d’officiers.
Ils ont pour ordre de le traduire en juge­ment, sous l’inculpation « indigne » d’avoir déserté sa garnison de Toamasina et gagné l’Imerina dans le but d’aider la fille de Radama, la princesse Raketaka, et son propre fils, Rakotobe, à s’emparer du trône.
La délégation de militaires n’ignore pas que l’accusation est créée de toute pièce pour pouvoir supprimer Ratefy. Et surtout « pour que la masse du peuple pût s’imaginer qu’on l’avait exécuté en bonne justice et nullement parce qu’il était l’époux de Rabodosahondra et père de Rakotobe ».
Surpris de cette accusation, Ratefy réplique que, loin d’avoir déserté Toamasina, il y est demeuré pour tenir la ville de la reine, où officiers et soldats l’en ont arraché, contrairement à sa volonté.
Quand on lui rapporte ces paroles, sans la moindre hésitation, Rana­valona 1ère envoie deux bourreaux à Ambatomanga pour mettre à mort le prince. Ce qui est fait le jour même. Elle « consent » à ce que son corps soit ramené en Imamo pour être enseveli dans le tombeau de ses ancêtres.
Selon Raombana, le prince Ratefy aurait pu échapper à la fureur de la souveraine s’il l’a voulu. Un marchand anglais de Toamasina, M. Reddington, aux premières nouvelles de la mort de Radama et longtemps avant l’arrivée dans le grand port de l’Est des émissaires de Ranavalona 1ère, lui annonce le meurtre de son épouse et de son fils et l’arrivée prochaine des envoyés armés de la reine en route vers Toamasina pour des raisons non expliquées. C’est un missionnaire installé à Antananarivo qui le lui apprend.
Reddington presse alors Ratefy de s’enfuir à Maurice, sur l’un des navires à bétail en rade dans le port et prêt à faire voile avec sa cargaison. Sinon, il lui propose de demander par lettre au gouverneur de Maurice qu’un navire de guerre vienne le chercher.
Mais Ratefy refuse d’écouter le marchand anglais, croyant que sa vie n’est nullement en danger car il a « toujours entretenu d’amicales relations avec Ranavalona et sa famille, et d’ailleurs, il n’appartenait pas à la famille royale ». Ainsi, il s’abstient même de se cacher, se croyant en toute sécurité.
Et Raombana de conclure de « manière utopique » : « Si Ratefy avait fui à Maurice, peut-être bien que le gouvernement anglais l’aurait aidé à devenir roi de Madagascar, lui qui était allé en Angleterre en 1821 et qui était bien connu et estimé à Londres, lui que tous les ministres de Sa Majesté britannique avaient rencontré et à qui tous présentèrent des vœux sincères de prospérité dans l’avenir. »
C’est la version de Raombana. Le Rev. Ellis a aussi la sienne qui diffère totalement. Raombana a été parmi les jeunes gens choisis par Radama pour être formés en Angleterre où le prince Ratefy les a conduits. Il a été le secrétaire de Ranavalona 1ère pendant de longues années, mais on affirme aussi qu’il la détestait.

Pela Ravalitera

Mardi 18 decembre 2012

L’Express

Publié dans Notes du passé

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article