2012-12-22 Tsinjoarivo, après le feu, la foudre

Publié le par Alain GYRE

Tsinjoarivo, après le feu, la foudre

C'est Jean Laborde qui construit le Rova (enceinte royale) de Tsinjoarivo comme lieu de villégiature de la reine Ranava­lona 1ère. Les travaux de construction débutent en 1834 pour se terminer deux ans plus tard. Auparavant, il faut remblayer le site; la terrasse obtenue a 5 m de haut et mesure 52m x 35m.
Le transport de la terre à partir du quartier Besakana (à environ 200 m de là) se fait en
« tohi-vakana »: les femmes se mettent en file comme les perles d'un collier et se passent les paniers remplis de terre. Cela a l'avantage d'être plus rapide et moins fatigant. Parallèlement, les hommes se chargent de transporter les pierres qui protègeront le remblai.
Selon Berthe et Jean Ralijaona, chroniqueurs, deux grandes portes, dont la ligne rappelle celle d'Ambohimanga, donnent accès au Rova. L'une au nord-est est la porte principale, l'autre s'ouvre au sud-ouest. C'est près de cellle-ci que repose le corps du devin personnel de Ranavalona 1ère , Rainisoabelo­manga en qui elle a placé toute sa confiance.
Le Rova se compose de cinq cases. À l'origine, leurs toitures sont confectionnées avec des tuileaux en bois et les murs en bois également. En entrant dans l'enceinte, à gauche et de chaque côté du portail nord-est, deux petites cases jumelles sont destinées aux princes et aux princesses. Plus loin à gauche, s'élèvent deux cases plus grandes, la salle de réception royale et le pavillon de la Reine. Enfin au fond de la cour et isolée, une dernière petite maison reçoit le Premier ministre, d'abord Raharo puis son frère et successeur Rainilaiarivony.
Ce dernier possède également à l'extérieur de l'enceinte royale, un pavillon où réside son fils Radriaka, l'époux de Victoire Rasoa­manarivo, la première de tous les catholiques malgaches à être béatifiée. C'est là que le Premier ministre reçoit ses invités. Tel le résident général français Le Myre de Vilers venu pour conférer avec Ranavalona III en 1890.
De même, les princes et officiers du Palais possédent des fermes autour du Rova. C'est ainsi que deux des grands îlots formés par les bras de l'Onive, près de la chute Ambavaloza, portent le nom de Nosin-dRamahatra (île de Ramahatra, neveu de la reine Ranavalona II) et Nosin-dRamonja (île de Ramonja). On trouve aussi à l'est en contrebas du Rova, une prison et une résidence des officiers du Palais devenue plus tard une école.
Lors de son dernier voyage à Tsinjoarivo en 1890, Ranavalona III a dans son Kabary (grand discours officiel) exigé du peuple qu'il entretienne le Rova; que chaque fois qu'il y pénètre, il doit apporter sa contribution dans l'embellissement de l'enceinte. L'ordre est assorti d'une menace de décapitation à l'encontre de quiconque ne le respecte pas. Comme ce sévère avertissement coïncide avec la visite du résident général français Le Myre de Vilers qu'ils croient en être l'initiateur, certains villageois le prennent mal. D'autant que le souvenir de la première guerre franco-merina (1883-1885) est encore vivace dans les esprits et que les sanctions subies sont lourdes à porter et se font toujours sentir.
C'est pourquoi dès que la reine est partie pour rejoindre sa capitale, des « nationalistes » (ou plutôt les partisans des conservateurs à la Cour) incendient le Rova. Comme les cases construites en matériaux ignifugés sont bâties presque côte à côte, et le vent aidant, elles sont complètement détruites. Créé par caprice royal, Tsinjoarivo perd ainsi de son prestige et est délaissé aussitôt la royauté disparue en 1897.
Cependant, le gouverneur général français Joseph Simon Gallieni tient à conserver à l'enceinte royale son ancien caractère et se fait un devoir d'entretenir le Rova, devenu avec ses environs, domaine de l'Etat. Le général Gallieni fait notamment recontruire les cases en leur donnant une toiture en tôles recouverts de chaume et des murs à revêtement de terre battue blanchie à la chaux. Le Rova est devenu un Musée d'histoire en 1939. Mais le 11 novembre 1979, la Résidence royale est foudroyée et toutes les maisons sont de nouveau ravagées par les flammes. La reconstruction se fait en 1983.

Pela Ravalitera

Samedi 22 decembre 2012

L’Express

Publié dans Notes du passé

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