2012-12-26 Le "faditra" préventif par le sikidy

Publié le par Alain GYRE

Le « faditra » préventif par le sikidy

Parmi les actes sacrificatoires très répandus jadis, il y a le
« faditra » pour soigner un mal ou un mauvais sort, mais il se distingue par le fait qu’il n’exige pas du sang humain, ni, parfois même, animal. « Celui qui n’est pas fini faditra (pour qui on n’a pas encore fait un faditra) est malade ; celui qui a fini faditra, est bien portant et heureux. »
Il s’agit, observent les ethnologues, d’un acte religieux jugé comme nécessaire. Des objets hétéroclites- bouts de bois, ustensiles, outils aratoires, morceaux de viande, brins d’herbe, feuilles, cailloux, terre…, sont employés pour les divers actes du « faditra ».
De même, un bœuf, un mouton, un coq rouge, noir ou bigarré peuvent servir. Dans chaque cas particulier, le devin indique ce qui doit être utilisé par une règle fixée qui découle de l’astrologie. D’après les chercheurs, celle-ci est « composée de dessins très primitifs représentant les gardiens du ciel et les gardiens de la terre, ainsi que des esquisses imparfaites des choses à utiliser ».
« Le faditra repose sur le principe que l’objet employé dans l’acte doit soit absorber le mal et le malheur, soit l’enlever et agir ainsi par substitution. » Et la famille concernée ne doit plus se servir des objets utilisés durant le sacrifice : ils doivent être jetés au sud de la maison- les animaux, eux, sont laissés en liberté- et d’autres personnes peuvent s’en emparer.
En général, il doit y avoir une certaine similitude entre le mal qui selon l’oracle du
« sikidy », menace de frapper, et le moyen pour l’en empêcher. Ce qui est valable pour tous les charmes. Si le « sikidy » répond à une question qui lui est posée par « brisé, courbé », cela signifie qu’un noble sera ou « courbé par une maladie » ou « brisé par la mort ». Un bout de faîte de bois courbé ou brisé servira alors de « faditra ». Si dans le « sikidy » apparaît une figure qui, selon le devin, signifie « sola vohitra » (village chauve), on sait que la localité sera détruite. De la terre prise dans un endroit où il ne pousse jamais d’herbe et des buissons pris dans les villages déserts abandonnés de leurs habitants, s’emploieront dans l’acte du « faditra ».
S’il apparaît dans la « rangée du questionnaire » du « sikidy », une figure qui veut dire
« belle peau devient noire », il saura qu’en peu de temps, il deviendra lépreux ou il mourra. Une poule noire sera dans ce cas indispensable à l’acte.
Ainsi, le « faditra » est réalisé pour écarter un malheur ou un danger menaçant. Cependant, ce n’est pas uniquement par sa propre faute qu’on peut attirer le malheur sur soi ou sur autrui. On peut naître chargé « sinon d’une sorte de péché personnel, du moins à quelque chose qui y ressemble : le mauvais sort ». Si un tel enfant grandit sans que cela soit enlevé, « il vaincra d’une manière mystérieuse père, mère et autres parents ».
Pour se protéger soi-même, il faut ou bien sacrifier l’enfant en le couchant sur le ventre dans une auge remplie d’eau bouillante, ou bien l’exposer sur une termitière, ou encore
« enlever le mauvais sort ». Si le devin annonce que la vie de l’enfant peut être sauvée, il faut qu’un animal absorbe le mauvais sort et meure à sa place.
Pour le sacrifice, on se sert soit d’un vieux mouton de couleur rouge brun soit d’une chèvre. Pendant l’acte entrepris avec l’enfant, on emploie des « charmes contre le sort » (toutes sortes de plantes). Durant ce bain, on le tient au-dessus de l’animal « afin que le mauvais sort soit transféré sur celui-ci ». On immole ensuite la bête de sacrifice et seule la mère de l’enfant doit s’abstenir d’en manger, « car le mauvais sort l’a pénétrée ».
Il existe un autre acte religieux qui, bien que différent du « faditra », a quelque chose de commun avec lui. Si une jeune personne est maladive, son état fait craindre une mort prématurée. Crainte d’autant plus forte s’il y a eu, à plusieurs reprises, des décès d’adolescents dans la famille. Le devin, après avoir obtenu certaines figures dans deux rangées de « sikidy » peut conclure que le danger peut être évité par un acte de substitution, selon une règle précise.

Pela Ravalitera

Mercredi 26 decembre 2012

L’Express

Publié dans Notes du passé

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