2012-12-29 Les envoyés de Monsieur Vincent à Fort-Dauphin

Publié le par Alain GYRE

Les envoyés de Monsieur Vincent à Fort-Dauphin

Vincent de Paul qui n’a jamais mis les pieds à Madagascar, a joué dans le passé de la Grande île un rôle de premier plan. En 1642, Pronis et 14 colons débarquent dans l’Anosy, mandatés par la Société de l’Orient. Assez rapidement, le nombre des colons augmente. Deux ans plus tard, ils sont 90, mais les rapports avec les Antanosy manquent d’aménité. C’est le moins que l’on puisse dire. Pronis a beau épouser la fille d’un roi du pays, la situation ne s’améliore pas.
Les échanges commerciaux ne sont guère brillants. En 1646, le « Saint-Laurent » regagne la France, les cales vides ; les actionnaires s’émeuvent. Le plus entreprenant, Étienne de Flacourt décide de s’embarquer pour aller examiner la situation sur place. Le conseil d’administration de la Compagnie le charge de remplacer Pronis. Mais avant de partir pour cette grande aventure, il demande au supérieur des « Messieurs de Saint-Nazaire » de lui donner « un ou plusieurs prêtres » qui pourraient assurer le service religieux dans la colonie naissante.
La Congrégation de la Mission que Vincent de Paul vient de fonder en est encore à ses débuts. Sa constitution n’a pas encore reçu l’approbation officielle. « Mais Monsieur Vincent ne peut rester sourd à cet appel. C’est celui de la charité ! » (Bernard Blot). Derrière la centaine de colons français installés à Fort-Dauphin, il entrevoit les milliers d’hommes qui n’attendent que des prêtres pour se convertir. Déjà son choix est fait. MM. Nacquart et Gondrée s’embarqueront à La Rochelle le jour de l’Ascension, le 21 mai 1648.
Au premier, il écrit : « Pour aller servir Dieu dans l’île Saint-Laurent, la Compagnie a jeté les yeux sur vous, comme sur la meilleure hostie qu’elle ait. » Il parle de sacrifice. « Etait-ce un pressentiment Avec une sorte d’acharnement, les épreuves n’allaient cesser de s’abattre sur ses fils. »
La traversée dure six mois et les deux prêtres arrivent au fort Dauphin, le 4 décembre 1648. Cinq mois plus tard, M. Gondrée est emporté par la fièvre. Pendant treize mois, M. Nacquart restera sans compagnon.
Lorsque, en août 1654, arriveront les aides envoyées par « Monsieur Vincent », il y aura quatre ans que son corps « revêtu des ornements sacerdotaux » repose dans le terrain destiné à la construction de la future église. L’un des nouveaux venus, M. Mous­nier meurt après un séjour de dix mois.
Pendant plus de deux ans, M. Bourdaise, seul prêtre, réalise des conversions. Le 19 février 1656, il a la joie d’écrire à « Mon­sieur Vincent » que la population catholique de Madagascar comprend 35 ménages, 12 de Malgaches et 23 de Français.
Mais usé par le climat et le labeur, il expire le 15 juin 1657. Fort-Dauphin demeurera privé de prêtres pendant six ans.
« Ce n’est pas que le supérieur des Lazaristes n’ait pas songé à la relève. Trois autres missionnaires étaient partis de La Rochelle le 29 octobre 1655. Mais M. de Belleville était mort en mer. Les deux autres, après s’être rendus à l’île Sainte-Marie, avaient été terrassés par la fièvre à quelques semaines d’intervalle, moins d’un an après leur arrivée. »
De telles épreuves ne sont pas de nature à décourager M. Vincent. « Ce serait une belle compagnie que celle de la Mission qui, parce qu’en voilà 5 ou 6 morts, elle abandonnait l’œuvre de Dieu : compagnie lâche, attachée à la chair et au sang ! ». Et déjà d’autres volontaires se présentent, mais leur bateau fait naufrage au large de Saint-Nazaire alors qu’ils se disposent à embarquer.
Nouveau départ, de Nantes cette fois, le 14 mars 1658. Le navire n’a pas pris le large depuis 24 heures qu’une tempête se déchaîne pour huit jours et oblige le capitaine à chercher refuge à Lisbonne. Ils reprennent la mer après réparations, mais c’est pour tomber sur un corsaire qui oblige les passagers à débarquer en Espagne.
Quatre nouveaux prêtres s’offrent encore, mais il faut trouver un bâtiment qui accepte de les conduire à destination.
« La-Maréchale » accepte finalement de les embarquer le 18 janvier 1660, mais ils font naufrage à l’approche du Cap de Bonne-Espérance.
Des vaisseaux hollandais les ramènent en France où ils arrivent en juillet 1661.

Pela Ravalitera

Samedi 29 decembre 2012

L’Express

Publié dans Notes du passé

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