2013-01-03 Passeport exigé pour les déplacements intérieurs

Publié le par Alain GYRE

Passeport exigé pour les déplacements intérieurs

Le développement économique des régions côtières de Mada­gascar exige de plus en plus de main-d’œuvre à partir des deux premières décennies du siècle dernier. L’émigration venue du Sud-est augmente progressivement et nécessite la mise au point d’une réglementation.
Celle-ci fait l’objet de l’arrêté du 27 juillet 1921 qui « organise un contrôle sur les déplacements des indigènes de la province de Farafan­gana ».
Ce texte crée au chef-lieu de province un bureau central d’émigration, complété par les bureaux annexes dans les chefs-lieux de district.
Tout indigène désirant se rendre en un lieu quelconque de Madagascar, doit au préalable se faire délivrer un livret d’identité barré sur lequel est établi un passeport spécial.
Dans les districts d’arrivée, les bureaux d’immigration procèdent aux contrôles nécessaires. Ces mesures permettent de « suivre l’émigrant, d’assurer sa surveillance et de percevoir les taxes fiscales auxquelles il est assujetti ». Enfreindre ces dispositions est répressible par la « voie disciplinaire de l’indigénat ».
À mesure que le temps passe, l’importance des émigrations saisonnières croît. Aux Antesaka se joignent les Antandroy et un courant régulier s’établit du Sud vers le Nord.
Si, en général, ces déplacements ne donnent lieu à aucun incident, il n’en est pas de même lorsque les travailleurs rejoignent leurs villages.
Les Antandroy et les Mahafaly, plus encore que les Antesaka, se livrent alors fréquemment, en chemin, à des vols ou même à des actes de brigandage dont se plaignent surtout les chefs des régions d’Antsiranana,
de Mahajanga et de Morondava. Il apparaît ainsi opportun de remanier la réglementation antérieure qui ne vise que les seuls originaires de Farafangana.
L’arrêté du 28 juillet 1931 a une portée générale et s’applique à tout déplacement de travailleurs hors de leur circonscription d’origine. Ils se distinguent en travailleurs engagés par contrat et en travailleurs libres.
En ce qui concerne les premiers, le texte prévoit au départ un passeport collectif soumis au visa des autorités administratives et un itinéraire strictement fixé; et à l’arrivée, une déclaration du chef de district ou de poste du lieu de travail.
Celui-ci, prévenu par la suite de l’expiration des contrats, met en route sur passeport individuel ou collectif soumis à l’obligation du visa, les engagés libérés qui reconnaissent, devant lui, avoir reçu un demi-solde (l’autre sera versé une fois arrivés chez eux) et l’indemnité représentative de la ration pour la durée du voyage du retour. Les engagés par contrat des régions de Tolagnaro et de Toliara, et du district de Manakara (arrêté du 31 mai 1937) sont munis au départ d’un livret barré facilitant par la suite leur identification et la reconnaissance de leur provenance.
Les travailleurs libres reçoivent également à leur départ un livret barré, au verso duquel est établi un passeport individuel soumis aussi à l’obligation du visa des autorités, sur un itinéraire tracé à l’avance.
Dès leur arrivée à destination, ils doivent faire une déclaration au service de l’immigration, « là où cet organisme ou, à défaut, au chef du district ». De même, ils sont rattachés à un fokonolona que leur désigne l’autorité administrative.
S’ils ne trouvent pas du travail dans un délai de quinze jours, les émigrants doivent poursuivre leur voyage, toujours suivant l’itinéraire fixé, ou rentrer dans leur pays d’origine. Le retour donne lieu à l’établissement d’un passeport dans la même forme que pour l’aller.
Les dispositions touchant les déplacements des engagés s’appliquent dans toute la Colonie. En revanche, celles relatives aux travailleurs libres régissent les seuls originaires de Toliara, Tolagnaro et Manakara.
D’une manière générale, les recrutements de la main-d’œuvre du Sud pour le compte de la colonisation du Nord et de l’Est, sont effectués par des professionnels. Ceux-ci sont installés dans les grandes villes, telles Fianaran­tsoa.
Ils possèdent eux-mêmes des agents au cœur des contrées fournisseuses. Pour les motiver, les recruteurs perçoivent une prime par travailleur embauché.

Pela Ravalitera

Jeudi 03 janvier 2013

L’Express

Publié dans Notes du passé

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