2013-01-05 Une belle promenade au Zoma

Publié le par Alain GYRE

Une belle promenade au Zoma

Le marché du Zoma s’étalant, jusque dans les années 1990, en plein centre d’Analakely sur l’esplanade, est devenu une image inhabituelle, banale pour les Tananariviens, malgré certaine chanson bien connue de notre Henri national. Et pour les « anciens de Mada­gascar », Tana sans son Zoma n’est plus Tana.
Voici ce qu’en dit Urbain-Faurec. « Spectacle inchangé depuis les anciens jours, en plein centre de la ville, sur la place d’Analakely, le grand marché s’ouvre chaque matin. Le plus important est celui du vendredi, en malgache zoma ; la place même d’Analakely porte également ce nom. »
De tous les villages des environs, paysans, pasteurs, éleveurs et artisans apportent au marché le produit de la terre, de la ferme ou de l’atelier.
Sous des tentes sommaires et des parasols colorés, s’entassent les légumes, les fruits et les lourdes soubiques débordantes de riz.
« Sur le bord d’un trottoir qu’encombrent les chalands, les fleurs des Hauts-plateaux jettent une note chaude ». Plus loin, en amoncellement mouvant et piaillant, les volailles.
En petits tas méticuleusement dosés, s’alignent sur des nattes toutes les herbes de la pharmacopée malgache : les « fanafody » qui guérissent de la fièvre, les graines qui calment, les écorces qui cicatrisent et jusqu’aux plantes dont les savants mélanges composent des philtres infaillibles.
Sculpteurs sur bois, peintres sur soie, brodeurs de rabanes et tisseurs de paille fine exposent leurs œuvres ingénues mais habiles.
« Et toute cette foule vêtue de lamba blancs qu’incendie le soleil, va, vient, vend et achète dans une animation prodigieusement silencieuse. Témoignage incompréhensible de cette race qui vit sur une terre accueillante et sous un ciel favorable. »
Plus tard, Henri Fournier jette un regard tout autre sur le Zoma où, pour lui, la gaieté règne.
« C’est un spectacle peu banal que le Zoma vu de l’escalier de la Place Colbert ou des hauteurs de Faravohitra : les lamba, écharpes blanches dans lesquelles se drapent les Malgaches, mettent leur note claire parmi les ombrelles de couleurs vives des Ramatoa et des marchands. La foule n’est ni criarde ni exaltée, mais grouillante et gaie sous le soleil. »
Les cuisiniers, soubique à l’épaule, descendent et remontent les longs escaliers à la recherche des denrées indispensables aux repas de leurs Vazaha ; sur le carreau, fruits et légumes s’étalent à leur choix.
« Le marché de Tananarive est pour les maîtresses de maison l’un des agréments de leur existence. Il leur permet une table riche et variée et une promenade matinale pittoresque et agréable. Tous les légumes d’Europe sont là, des plus humbles aux plus renommés ; tous les fruits à une exception près, mettent leurs couleurs vives sur les nattes des vendeurs. »
Dans un coin, le marché aux fleurs est un vrai jardin parfumé : mimosas, œillets, pois de senteur, roses, violettes, arums se mêlent et attirent le passant.
Et voici les poteries « indi­gènes » aux formes élégantes : vases à fleurs, pots de table pour garder de l’eau bien fraîche, terrines, beurriers ; et les graphites travaillés : cendriers fragiles mais gracieux.
Plus loin, on peut acquérir malles et valises, boîtes et cartons, mais « il faut prendre garde aux couvercles qui restent dans les mains ou la serrure qui ne ferme pas ».
Le marché, peut-être le plus curieux, est celui de la ferblanterie locale qui utilise les « daba » importés, débarrassés de l’essence ou du pétrole. « Tout objet de ferblanterie est fabriqué avec un ou plusieurs morceaux de bidon : pot du laitier, poêles et casseroles de cuisinier, pelles du jardinier, jouets. »
Ces derniers ornés de coloris criards, reproduisent plus ou moins bien les jouets européens ou les animaux du pays.
Enfin, voici les étoffes :
« Lainages et cotonnades achetés aux magasins de Tananarive pour être souvent revendus avec un maigre bénéfice ; tricots multicolores, raba­nes dorées si fines et appréciées, et raphia plus grossier… chapeaux de paille ronds ou pointus admirablement tressés ; et surtout, recherchés des riches Malgaches comme des Européens, les lambamena en soie sauvage de couleurs ravissantes,
tissés finement par les femmes du pays. »

Pela Ravalitera

Samedi 05 janvier 2013

L’Express

Publié dans Notes du passé

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