2013-01-08 Des mots bizarres à différentes interprétations

Publié le par Alain GYRE

Des mots bizarres à différentes interprétations

Dans le « Grand dictionnaire de Madagascar » de Barthélémy Huet de Froberville, publié par des numéros du Bulletin de Madagascar en 1963, un nom inhabituel tant dans l’écriture que dans le son, apparaît, Dian’d’Zanhar. Il s’agit d’un mot composé de Dian et Zanahary ou Andriana­nahary (Seigneur, Dieu) pour devenir un nom propre.
Selon l’auteur, Dian­janahary est le fils et successeur de Ramaro­manompo sur le trône de Foulpointe et du pays Betsimisaraka. Ce prince est le fils de Matavy, fille du roi des Sakalava et c’est la politique qui forme cette alliance où « le cœur n’eut jamais de place ».
D’après Mayeur, le règne de « Diandzanhar » est violent et de courte durée. Il meurt détesté de son peuple vers la fin de 1762, laissant le trône à son fils Iavy.
Pourtant, Legentil explique autrement la raison de cette violence. En fait, selon lui, elle est suscitée par l’exaspération du prince face à certaines intrigues tramées contre lui par des Français établis dans son royaume.
Dans le même registre, Froberville parle de « Dianmananh » dont les racines sont Dian (Dieu) et le verbe « manana » (avoir, posséder).
Flacourt explique que les Malgaches révèrent ce dieu dans l’or. « Quand les Madécasses voient de l’or, ils témoignent un respect profond. Quand ils le tiennent dans leurs mains, ils le passent par-dessus leur tête avec une grande vénération (…) S’ils croient avoir commis quelque faute, ils s’imaginent qu’en trempant une manille d’or dans un vase plein d’eau et en buvant de cette eau, leurs péchés leur seront pardonnés. » Flacourt parle ici surtout des peuples du Sud-est. Froberville estime que par cette affirmation, Flacourt montre le « Madécasse idolâtre ». Et il rétorque par le contraire. Car pour lui, le respect du Malgache pour l’or « n’a rien de plus solennel que celui des Européens qui y voient le représentant de tous les biens ».
Passant à un autre mot, « dihi » (danse), toujours en parlant des habitants d’Anosy, Flacourt déclare qu’ils dansent en tournoyant, en marchant les uns après les autres, en observant la cadence et certains mouvements, sur le son de tambours ou de chansons et « en répondant tous à deux ou quatre qui commencent la chanson ». Les danseurs « font mille postures de ballet qui incitent fort à rire », le tout en respectant le rythme. En d’autres endroits, certains tiennent un bâton à la main et « le manient d’assez bonne grâce ».
Enfin, dans la baie d’Antongil et ses environs, la manière de danser « est tout à fait ridicule ». La raison avancée par Flacourt pour argumenter cette assertion est tout aussi incongrue : « Les hommes n’y dansent pas et il n’y danse que deux femmes à la fois. »
Abordant un autre thème, celui des différentes glus existant dans la Grande île, Froberville en cite quelques-unes. À commencer par la « glu des fourmis » (ditanbitsic) qui se trouve sur de petites branches d’arbres ou des morceaux de bois sec.
« Les naturels s’en servent pour assujettir les manches de leurs sagaies dans les douilles. » Il y a aussi le « ditanintsy », gomme tirée du « hintsy », selon Chattan.
Pour Flacourt, c’est une gomme noire comme de l’encre, d’un goût astringent, qui découle d’un arbre semblable à l’acacia.
Elle est efficace pour guérir les plaies et les ulcères.
« Les naturels s’en frottent le visage pour empêcher les rides !» Pour sa part, le « ditanpouraha » est le nom malgache francisé de la résine verdâtre très odorante qui vient du « fouraha » décrit par Flacourt. Dans le Nord, il porte le nom d’ « ahitsoka ».
Enfin, le « ditivoazin » (ditimboanjiny) est la gomme de Zin comme l’appelle Valgny. Pour Froberville selon toute apparence, c’est le même que le « vouazine » de Rochon, le
« vazoene » et « vazouam » de Mayeur, le
« vozone » de Flacourt… D’après Valgny, cette gomme fait penser à de la cire jaune. Lorsqu’on la fait fondre, elle se transforme en goudron.
« Le fruit ressemble à une châtaigne plate qui ressemble à un fer à cheval. On en tire une graisse semblable à du saindoux et d’une odeur forte. On s’en sert pour accommoder le manger. La gomme et la graisse fondues ensemble ont servi plusieurs fois aux marins pour embrayer leur embarcation.

Pela Ravalitera

Mardi 08 janvier 2013

L’Express

Publié dans Notes du passé

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