2013-01-26 Un fiancé coincé entre deux coutumes

Publié le par Alain GYRE

Un fiancé coincé entre deux coutumes

Cassam Aly Ndandahizara a consacré beaucoup de son temps à étudier l’histoire, les traditions et les coutumes du pays antankarana.
D’après lui, les femmes du Nord, quand elles trouvent l’âme sœur, passent d’abord avec leurs hommes quelques mois de vie commune. Puis elles leur proposent de venir dans leur village pour régulariser la situation de leur couple suivant la tradition.
C’est le cas de Mboty Ankarana qui vit avec Mogny, un jeune Anjouanais. Après six mois d’une vie commune bien stable, d’autant que son compagnon est de religion musulmane comme la plupart des Antankarana, Mboty lui demande de régulariser leur union par la demande traditionnelle auprès de ses parents restés dans son village natal, à Andrafiabe, à quelques kilomètres de la capitale royale, Ambatoaranana.
Ils quittent alors Antsiranana pour Andrafiabe qu’ils atteignent le deuxième jour, peu avant midi. De loin le village semble vide, mais dès qu’ils mettent pied à terre à côté de la première maison, les habitants sortent un à un de chez eux.
Très curieuses, les jeunes filles admirent Mboty habillée d’un « patribe » à fleurs, très à la mode à Antsiranana. De leur côté, les garçons entourent Mogny, coiffé d’une chéchia blanche légèrement inclinée à l’arrière.
Tandis que le père de Mboty invite Mogny à entrer dans la maison, celle-ci se précipite à la cuisine pour discuter avec sa mère. Cette dernière répond à une question de sa fille :
« Ton mari mangera ce qui est prêt et ce soir, ce sera du poulet ».
Mogny est laissé tout seul dans la pièce réservée aux gens de passage et à l’heure du déjeuner, il est surpris en voyant défiler des enfants du village pour lui apporter son repas. Il compte 20 plats « Il se mit à manger, le premier plat vidé, le deuxième vidé, le troisième vidé…et le vingtième vidé ».
Une heure plus tard, les enfants reviennent récupérer les plats, surpris et déçus en espérant trouver le « ankera », un peu de reste du repas.
Mais non, « l’ampenjiky », l’hôte a vidé tous les plats.
Les villageois se sentent honteux, croyant que le repas a été insuffisant pour le « vadi­vao », le nouveau marié. Aussitôt, l’ordre aux femmes circule dans le village que la ration du soir doit être doublée.
Le soir, à l’heure du dîner, les mêmes 20 plats défilent, mais en plus grande quantité. Mogny n’en peut plus et appelle Mboty pour l’accuser de vouloir « l’assassiner » en l’obligeant à avaler, depuis midi, un repas gargantuesque.
« Tu m’amènes ici, auprès de tes parents en vue de m’assassiner ; vous, les Antankarana, vous êtes des méchants, des tueurs. Déjà, au repas du midi, j’ai failli ne pas terminer les repas, moins copieux cependant; et maintenant, vous doublez la quantité ».
Mboty comprend aussitôt et lui explique : « Chez nous les Antankarana, s’il n’y a pas de reste au repas servi à un hôte, cela signifie qu’il n’est pas rassasié. »
À quoi rétorque Mogny : « Chez nous, les Comoriens, c’est le contraire. S’il y a un reste de repas, cela veut dire que l’hôte ne l’a pas apprécié. Alors que dois-je faire » Mboty lui conseille d’avaler une ou deux bouchées de chaque plat. « Tu rendras ainsi heureux tous ces enfants qui n’attendent que le reste des plats ».
Le pauvre Mogny, en fait, a été victime d’un conflit de deux coutumes.
C’est à ce moment là qu’arrive le père de Mboty Ankarana. Il est resté assez tard au pâturage pour retrouver certains bœufs égarés. Il ramène le zébu à sacrifier à l’occasion de la célébration du « Kofongia », les fiançailles.
Le lendemain a lieu la cérémonie rituelle de la demande en mariage illustrée, d’une part, par le « fehin-badigna », le nœud de l’union nuptiale de 100 francs de Mogny, et d’autre part, par le sacrifice du zébu offert par le père de Mboty Ankarana. Mogny est alors invité pour couper la tête de l’animal.

Pela Ravalitera

Samedi 26 janvier 2013

L’Express

Notes du passé

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