2013-02-06 Les défauts de la cuirasse de l’école française

Publié le par Alain GYRE

Les défauts de la cuirasse de l’école française

Tandis que pour les « indigènes » il « convenait » de créer des écoles d’un typé spécial- enseignement non calqué sur le mode métropolitain, niveau d’instruction correspondant au « degré d’évolution » réellement atteint-, le problème est différent quand il s’agit des établissements scolaires destinés aux enfants européens.
« Il importe que ces derniers ne soient pas privés des moyens qui leur sont donnés en France, de poursuivre leurs études au-delà du stade élémentaire et secondaire. C’est en fonction de la préparation de ces futurs élèves des facultés, des écoles de droit et de médecine qu’il faut, avant toutes choses, organiser les écoles et les lycées de la Colonie, permettre le passage des classes, secondaires par un système de bourses, donner aux différents degrés une éducation de même nature et de même niveau que dans la Métropole, créer des examens dont l’équivalence est nettement établie, éviter en un mot qu’il y ait solution de continuité, à aucun moment des études, du seul fait du voyage de Madagascar en France ».
Cette conception de l’enseignement pour enfants européens est réellement adaptée aux besoins des familles définitivement installées dans la Colonie, tout en permettant aux élèves qui comptent poursuivre leurs études en France, de le faire. En 1930, sur une population européenne de 26 208 qui compte 6 917 enfants dont 4 300 d’âge scolaire, 3 510 fréquentent des établissements officiels ou privés : 780 dans les deux lycées, Gallieni et Jules Ferry, 1 181 dans les écoles primaires, 1 549 dans les écoles primaires confessionnelles.
La proportion des élèves instruits par rapport aux élèves possibles est « fort honorable ». En effet, les colons et les fonctionnaires européens ne sont pas tous groupés dans les villes ou les grands centres. Ils sont dispersés dans la brousse, sur des concessions, dans des exploitations minières ou dans des postes administratifs isolés. C’est pour cette raison que le service de l’Enseignement se décide à ouvrir des écoles dans des localités « d’importance secondaire ».
Les premiers établissements primaires sont créés dans des agglomérations où le plus d’Euro­péens se trouvent réunis : Maha­janga, Mananjary, Toamasina, Nosy Be, Ambositra. Ils existent dès 1907 et « leur nombre ne se serait accru que d’un petit nombre d’unités si la Colonie n’a voulu satisfaire au vif désir des familles ». Condition requise dans ce cas : la présence d’enfants de nationalité française de 6 à 13 ans.
Ce qui ne donne pas un résultat heureux. En 1930, sur 27 écoles qui fonctionnent, il en est 20 à une seule classe. Des enfants d’âges différents et dont le degré d’instruction est souvent fort inégal, y voisinent.
À cet inconvénient s’ajoute l’instabilité de la population européenne, due aux déplacements fréquents de commerçants ou d’industriels, aux départs en congé administratif ou aux mutations des fonctionnaires. « Il suffit que s’éloignent une ou deux familles de plusieurs enfants pour entraîner une sensible réduction d’effectif. D’où un jeu constant de fermeture et de réouverture d’écoles, assez nuisibles à l’œuvre d’enseignement ».
Il convient aussi de noter un défaut d’homogénéité de la clientèle scolaire qui comprend, à côté de Français, « quelques étrangers et beaucoup d’enfants métis ».
Ces élèves dont la langue maternelle n’est pas le français, « alourdissent les classes, abaissant forcément le niveau de l’instruction qui y est donnée et compliquent singulièrement la tâche des maîtres ».
L’enseignement privé, sentant d’ailleurs ces difficultés, ne suit pas l’exemple de l’enseignement officiel.
Ainsi, les 16 écoles de la mission catholique sont toutes situées dans des villes : quatre à Toa­masina, trois à Antananarivo, deux à Antsirabe, une respectivement à Mahajanga, Tolagnaro, Mananjary et Ambositra.
Des internats sont annexés à ces établissements et leur valent un appréciable surcroît d’élèves.

Pela Ravalitera

Mercredi 06 fevrier 2013

L’Express

Publié dans Notes du passé

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