2013-02-07 La triste aventure d’un vieux souverain

Publié le par Alain GYRE

La triste aventure d’un vieux souverain

Les mouvements de foule habilement dirigés par des « esprits sages » pour déchoir un dirigeant et mettre à sa place une personnalité que l’on estime « meilleure », ne sont pas nouveaux dans la Grande île.
Déjà au XVIIe siècle, c’est ainsi qu’Andriamasi­navalona accède au trône d’Antananarivo (1675-1710). Huitième souverain et parmi les plus grands de l’Imerina, il est le fils du roi Andriantsimitoviaminan­driandehibe.
C’est son grand frère Razakatsitakatran­driana qui règne à la mort de ce dernier (1670-1675), mais, dit-on, il se montre d’une tyrannie telle que tout le peuple se décide à le renverser.
Le sage « loholona » Andriamampandry prend la tête du mouvement et, par une habile manœuvre, il réalise « un coup d’État très heureux » (Régis Rajemisa-Raolison). Depuis ce jour, le nouveau roi fait de cette personnalité son premier et intime conseiller « dont, malheureusement, il n’écouta pas toujours les sages avis».
Doux et équitable, Andriamasinavalona gagne l’affection de son peuple et même attire sous son sceptre de nombreux chefs de l’Est et de l’Ouest. Son premier souci est d’intensifier l’agriculture à l’intérieur de son royaume. Aussi agrandit-il les digues-limites des rizières du Betsimitatatra jusqu’à Ilanivato.
Toutefois, « l’excès d’une qualité devient un défaut ». La bonté d’Andriamasinavalona dégénère en faiblesse. « Il eut le tort, de son vivant, de partager ses États. » Partage qu’il fait entre ses quatre fils qui doivent, en principe, gouverner sous sa direction aux quatre points de l’Imerina. À plusieurs reprises, ce projet est vivement et vainement critiqué par Andria­mampandry. Le roi ne veut pas revenir sur sa décision.
Ainsi, il place Andriantsimitoviaminan­driana à Ambohimanga, Andrianjaka­navalomandimby près de lui à Antananarivo, Andrianavalonimerina à Ambohi­drabiby et Andriantomponimerina à Ambohidratrimo. Mais il ne s’arrête pas là puisqu’il installe aussi son neveu Andriambohinimerina à Alasora. Il va regretter cette division du royaume et « la leçon lui viendra de l’un de ses propres fils».
Effectivement, le seigneur d’Ambohi­dratrimo se montre tyrannique envers ses sujets qui viennent se plaindre auprès du vieux monarque. Aussitôt, ce dernier se rend auprès de son fils « pour l’exhorter à mieux gouverner ». Mais Andriantomponimerina, loin d’écouter les conseils paternels, lui répond avec insolence. Pire, il le séquestre.
Andriamasinavalona ne sortira du Rova d’Ambohi­dratrimo que sept ans plus tard. Et ce, « grâce au dévouement du peuple et à l’astuce d’un chef sakalava, Andria­maheninarivo ».
Le peuple aménage secrètement une tranchée de sortie de la pièce où est enfermé le vieux souverain. « La tranchée achevée, on y descendit une nuit le vieux roi au moyen d’une grosse corde, pendant que le prince sakalava détournait l’attention d’Andriantomponimerina en le régalant dans un grand festin ». C’est ainsi qu’Andria­masinavalona peut regagner Antananarivo.
Après cet évènement, se déroule le sacrifice de Trimofoloalina. « Un beau geste qu’Andriamampandry imagine pour sonder jusqu’à quel point le peuple était resté encore fidèle au roi ».
Cette triste aventure vécue par Andria­masinavalona n’est pas le seul malheur auquel il assiste dans ses vieux jours, conséquence de ce partage du royaume. L’autre malheur est le « marovava zokiny ». Mécontents du régime de féodalité sous lequel les jeunes princes gouvernent, les sujets abandonnent le travail et il en résulte une grande famine.
C’est sur ce triste évènement que meurt en 1710, « le grand roi dont la faiblesse a retardé presque d’un siècle l’unification d’une Imerina puissante et déjà en marche vers le progrès ». Il est vrai qu’il faudra attendre le grand souverain d’Ambohimanga pour y parvenir.

Pela Ravalitera

Jeudi 07 fevrier 2013

Notes du passé

L’Express

 

Publié dans Notes du passé

Commenter cet article