2013-02-09 Un lourd héritage pour Tsimiaro 1er

Publié le par Alain GYRE

Un lourd héritage pour Tsimiaro 1er

 «Si l’intérêt commercial et stratégique de la partie septentrionale est unanimement connu par les documents consultés, par contre les regards portés sur les hommes et leurs principes ne sont pas toujours dénués de partialité ».
C’est ainsi que Micheline Rasoamiara­manana introduit son intervention axée sur « les relations du roi Tsimiaro avec les Merina et les Français, vus par les documents de l’époque (1832-1882) », au Colloque international d’histoire organisé à Antsiranana en 1987.
D’après l’auteure, lorsque le roi Tsimiaro 1er succède à son père Tsialana 1er en 1832 (selon d’autres sources, il est monté sur le trône antankarana en 1822), le pouvoir dont il hérite est loin d’être facile à assumer. La région est marquée depuis la fin du XVIIe siècle par des soubresauts politiques, des invasions venues du pays sakalava et ses guerres intestines.
À cela s’ajoutent le morcellement du royaume par suite des divisions successives, les problèmes de juridiction territoriale qui en résultent, et surtout l’invasion du pays par des troupes venues d’ailleurs pendant la première moitié du XIXe siècle. « On mesure la délicatesse pour ne pas dire la complexité d’une tâche parsemée d’embûches ».
Fils aîné de Tsialana (donc petit-fils de Lamboeny qui est contemporain de Benyowski), Tsimiaro est alors âgé d’une trentaine d’années et appartient à la branche royale antankarana d’Ambatoharanana. Il hérite d’un pouvoir que son père a arraché à son oncle Boanahajy ou Rabona, avec l’aide de son cousin Andrianjalahy en 1809.
« S’il hérite d’un pouvoir arraché par la force, il hérite aussi d’un royaume fortement affaibli depuis l’irruption des Merina en 1823 et l’obligation pour le roi Tsialana (d’autres sources parlent de lui et non de son père) de reconnaître leur souveraineté ».
Pourtant, ce dernier n’a de cesse de refouler les envahisseurs et d’essayer plus d’une fois de secouer le joug des conquérants. Mais comme Guillain le précise, Tsialana n’a pu compter sur des sujets « prêts à l’abandonner au moindre revers » ni sur des alliés qui ont brillé par leur impuissance sinon leur inertie.
L’Ampanjaka Tsimiaro bénéficie néanmoins d’un préjugé favorable auprès de la majorité des Antankarana, pour qui il est « le symbole et le garant de la continuité ». Il a également l’avantage d’être intelligent, énergique et brave.
Face à lui, malgré la crainte qu’ils inspirent, les conquérants merina ont quelques faiblesses, telles leur nombre limité, leur isolement dans des garnisons éloignées de plusieurs centaines de kilomètres de leur base de départ, l’absence d’appui réel en attendant les secours envoyés par les casernes les plus proches ou par le gouvernement central d’Antananarivo.
Au contraire, les populations locales possèdent l’avantage du terrain car l’Ankarana est un pays de montagnes et de grottes qui offre de nombreux abris naturels. « Ce qui peut éventuellement faciliter les coups de main et la guerre d’usure ».
Afin de tirer profit de ces avantages, la priorité est de limiter les dissensions internes pour faire face aux envahisseurs. Dans cette optique, Tsimiaro doit unifier le pays et lutter contre toute velléité de résistance.
Et surtout, il doit tenir compte du fait que depuis l’ouverture de leur royaume à l’Occident, les Merina disposent d’une armée de métier au tir, à l’obéissance et à des éléments tactiques.
En face de ces derniers, les Antankarana, comme tout autre peuple de la Grande île, doivent encore recourir à la mobilisation des hommes valides en cas de conflit, c’est-à-dire « une foule peu organisée et mal armée ».

Pela Ravalitera

Samedi 09 fevrier 2013

Notes du passé

L’Express

Publié dans Notes du passé

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