2013-02-11 Une ouverture ratée de Tsimiaro vers l’extérieur

Publié le par Alain GYRE

Une ouverture ratée de Tsimiaro vers l’extérieur

En montant sur le trône en 1832, le roi Tsimiaro reçoit un lourd héritage, coincé entre les luttes intestines et le joug des envahisseurs merina (lire précédente Note). D’après l’historienne Micheline Rasoamiaramanana, malgré de nombreux avantages, il doit aussi faire face aux atouts des Merina. Entre autres, ceux-ci désignent le prince bemazova Tsimandroho pour commander la population réunie autour de la garnison d’Iharana (Vohémar), ce qui ne peut manquer de poser de problème d’autorité.
« Par l’octroi de la préséance à un prince plutôt qu’à un autre pour services rendus, les Merina inaugurent une politique de domination qui va faire ses preuves, puisqu’en faisant les lois de la succession et en mettant à l’ordre du jour le vieux dicton « di­viser pour régner », leur intervention contribue à compliquer les rapports entre les différents princes, et surtout à renforcer leur domination».
Tsimiaro ne se décourage pas. Il considère la présence des envahisseurs merina au pays d’Anka­rana comme une violation de la terre des ancêtres et une atteinte à sa dignité de roi. Et comme Guillain le signale, il nourrit et nourrira toujours à leur égard « une haine profonde et un vif désir de vengeance ».
Ainsi, à partir de 1835, Tsimiaro profite d’une situation qui met provisoirement entre parenthèses les dissensions internes, pour ouvrir les hostilités, renouveler les tentatives de Tsialana de chasser les envahisseurs. Il réussit à replacer une grande partie du pays sous son autorité, mais il se heurte bientôt à des problèmes déjà vécus par son père.
« Le manque de cohésion des princes insurgés et la supériorité des Merina transforment son initiative en acte téméraire et l’obligent à abandonner la Grande terre et son fort naturel situé dans les grottes du massif karstique, connu sous le nom de Trou de Tsimiaro, pour se replier en 1840 vers le petit archipel des îles Mitsio » avec, selon le père Dalmond, 5 000 de ses fidèles.
Tsimiaro constate que l’insuffisance de ses moyens d’action face à un ennemi déterminé à l’écraser, allié à la fragilité des ententes entre les princes, l’oblige à trouver d’autres solutions pour ne plus retomber dans les mêmes erreurs et connaître les mêmes échecs que par le passé.
Il se tourne vers l’extérieur pour trouver un appui qui, d’après lui, constitue la seule issue à ses difficultés immédiates. Tout le rapproche du sultan de Zanzibar. Outre des affinités similaires, la similitude des structures politiques rend une telle démarche logique.
Toutefois, l’échec de ce rapprochement- le sultan lui envoie des armes et aucun homme de troupe- le contraint à faire des ouvertures au gouverneur de l’île Bourbon qu’il rencontre personnellement à La Réunion. Par le traité du 5 mars 1841, il cède à la France tous ses territoires d’Ankarana et les îles qui en dépendent, avec le droit pour les Antankarana « d’être regardés comme sujets français et d’être traités comme tels ». Cession assortie d’une décision qui accorde au roi une pension mensuelle.
Outre cette pension, Tsimiaro attend des Français une aide active pour pouvoir retourner sur la Grande terre, y rétablir son autorité et en chasser les envahisseurs merina. Mais il sera vite déçu du fait de la neutralité de l’armée française, en dépit de sa demande pressante.
Il interprète cette attitude comme une « violation délibérée de l’accord », et envoie son frère Tsiambany à l’île Maurice, début 1843, pour faire cession à l’Angleterre de tout le Nord malgache, y compris Nosy Be. Pour­tant, cette île a déjà été cédée aux Français par la reine sakalava Tsiomeko, mais elle est revendiquée par Tsimiaro comme lui appartenant. Mais malgré la courtoisie de la réponse du gouverneur anglais de Maurice, une fin de non-recevoir est opposée à sa proposition.

Pela Ravalitera

Lundi 11 fevrier 2013

Notes du passé

L’Express

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