2013-02-12 La grande offensive de Tsimiaro contre les Merina

Publié le par Alain GYRE

La grande offensive de Tsimiaro contre les Merina

Le roi antankarana Tsimiaro qui doit s’exiler sur Nosy Mitsio pour fuir les Merina, croit que les Occidentaux constituent sa seule issue.
Mais il se tourne vainement d’abord vers le sultan de Zanzibar qui se contente de lui envoyer des armes et non des hommes, puis les Français de La Réunion avec qui il signe un accord, et enfin les Anglais de Maurice pour demander protection, mais dans cette dernière île, il se heurte à une fin de non-recevoir (lire précédente Note).
Selon l’historienne Micheline Rasoa­miaramanana, l’attitude des Anglais « est révélatrice d’un fait qui avait échappé jusque-là au roi : le désir d’un pays occidental de ne pas s’engager dans une affaire où un autre pays occidental a déjà l’antériorité. L’attitude du roi et celle du gouverneur de l’île Maurice révélent aussi la divergence fondamentale de conception entre la société qui privilégie l’oral et une autre qui n’attache de valeur qu’à l’écrit et qui est prête à faire entendre raison à quiconque risque de la traiter à la légère ».
Finalement, si le traité contracté à La Réunion est perçu au moment de sa signature comme l’unique solution aux difficultés du roi, en fait il sera la source d’une nouvelle servitude.
Car pour les autorités françaises de Nosy Be, l’objectif est d’arriver à signer des accords avec tous les princes du Nord et du Nord-ouest de Madagascar qui refusent la domination merina, pour mettre sur pied une armée locale.
« Commandée par quelques officiers français, cette armée marcherait vers l’intérieur du pays afin de s’emparer, au nom de la France de l’Imerina et de toute la côte orientale du cap d’Ambre à Fort-Dauphin ».
Ne pouvant mener une rapide action d’envergure pour chasser définitivement les envahisseurs des Hauts-plateaux, Tsimiaro renoue avec la tactique habituelle de harcèlement et de razzia contre les étrangers- Merina et Européens confondus- créant dans le pays un climat permanent d’insécurité.
Partant des îles adjacentes, Tsimiaro et ses hommes, à plusieurs reprises, mènent l’offensive. Profitant de la faiblesse de la logistique des Merina, ils se lancent en 1842 contre la garnison d’Iharana, principal port de commerce de la région, à partir de trois camps.
Ce qui provoque la mort de ceux envoyés contre les assaillants merina, les Fahavalo composés de soldats conduits par des officiers de 9, 8 et 7 honneurs.
En 1844-1845, Tsimiaro contrôle pratiquement toute la région au nord de la baie d’Antongil, grâce à des troupes estimées à 6 000 hommes qui partent de Nosy Be, Nosy Faly et Nosy Mitsio.
Elles rendent difficiles voire impossibles les communications contre les garnisons et le gouvernement d’Antanana­rivo, lui-même engagé dans un conflit contre les Français et les Anglais à Toamasina.
Pour prendre la garnison d’Ambohi­marina, à 20 km d’Antsiranana, imprenable à cause de sa position au sommet d’une montagne très difficile à escalader, les Antan­karana commencent par s’attaquer aux ressources du fort merina, objets de vols et de pillages systématiques (bœufs, récoltes de riz et manioc, rapt de personnes).
En 1845, c’est la famine et le gouverneur de la garnison, le 10 honneurs Rakoto, doit acheter des vivres pour ses soldats. Au même moment, les Antankarana investissent les environs pour monter de petites expéditions de 10 à 20 personnes ou de 15 pirogues.
L’attaque directe du fort défendu par cinq canons au cours de la deuxième phase des opérations, provoque une riposte des assiégés et une poursuite des Antankarana qui se termine par la déroute totale des Merina.
Outre les armes individuelles, ceux-ci ne disposent que d’un canon de campagne, dont l’affût éclate en plein action, entraînant la perte de 132 hommes.
Complètement désorganisée par la perte du canon, la troupe merina perd 64 hommes et les autres ne doivent leur salut qu’à la présence opportune d’une forêt où ils peuvent se réfugier.

Pela Ravalitera

Mardi 12 fevrier 2013

Notes du passé

L’Express

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