2013-02-13 L’ardeur belliqueuse de Tsimiaro jugulée

Publié le par Alain GYRE

L’ardeur belliqueuse de Tsimiaro jugulée

Le roi antankarana Tsimiaro 1er finit par rendre raison aux soldats merina d’Ambohimarina (lire précédente Note) qu’il a tourné en dérision. Le bilan des harcèlements et de l’attaque directe du fort se solde par la perte de 64 hommes et de 680 bœufs. Il met aussi en relief l’insuffisance des effectifs malgré l’aide apportée par les garnisons de Vohijanahary et de Maroantsetra.
Pour l’historienne Micheline Rasoamiara­manana, « cette carence qui demeure une des faiblesses permanentes des garnisons merina pendant le XIXe siècle, est due à la quasi-insuffisance des relèves et à l’importance des désertions ». Ainsi, après la déroute d’Ambohi­marina, l’effectif merina s’élève à 109 militaires valides et 45 déserteurs.
Les Merina ne sont pas les seules cibles de Tsimiaro et de ses hommes qui s’attaquent jusqu’aux biens des Européens. En 1845, un colon de Vohémar se plaint vainement au commandant français de Nosy Be d’avoir été victime d’une attaque à trois reprises. La première fois, il perd 40 bœufs, 5 esclaves, 12 paires d’anneaux d’or et du linge ; la deuxième fois : 62 bœufs sans compter les menaces adressées à ses « maromita » (porteurs) et sa femme, dépouillés de la tête au pied… Mais si les autorités de Nosy Be ne réagissent pas, les Blancs de Vohémar, une dizaine en tout, menacent de se mettre à la tête des Hova afin d’obtenir réparation et faire échec aux vols et aux persécutions répétés.
Comme ni les uns ni les autres n’ont l’intention d’abandonner la région, ni renoncer au traité déjà signé, Merina et Français vont réagir contre les provocations et freiner l’ardeur belliqueuse des Antankarana. En 1845, la direction des Colonies donne des instructions sur la conduite à tenir si Tsimiaro se montre sourd aux avertissements. « Il s’agit ni plus ou moins de le menacer de retirer la pension que l’État français lui alloue ».
Quant au gouvernement central d’Antananarivo, la position particulière de la garnison d’Ambohimarina, proche des Français de Nosy Be et des Antankarana de Nosy Mitsio et de Nosy Faly, le décide à en étoffer l’effectif par l’envoi d’un renfort de 200, puis de 800 hommes, et augmenter l’approvisionnement en munitions.
« Instruits par les leçons du passé, le roi des Antankarana doit faire preuve de plus de circonspection à partir de 1850, en raison des pressions et des risques de représailles des uns et des autres ». Néanmoins, il essaiera de tirer parti des avantages qu’ils peuvent lui offrir.
Tsimiaro peut résider à une trentaine de kilomètres de la Grande terre sur Nosy Mitsio placée sous la protection des Français et hors de portée des attaques merina, ce qui lui donne une certaine latitude. Toutefois, le nombre élevé de ses sujets qui doivent se rendre sur la Grande terre pour leurs cultures et leurs élevages, lui interdit de maintenir un état de guerre permanent.
De leur côté, les Merina ne renoncent pas à leur position, mais à l’instar du roi antankarana, ils savent qu’il y a nécessité de conciliation: concilier la ferme intention d’intégrer la région dans le « Royaume de Madagascar » avec l’impossibilité matérielle de la contrôler entièrement par un quadrillage systématique. « Cela leur dicte une politique fondée non seulement sur la force, mais également sur la persuasion ».
Les indispensables concessions se concrétisent par des « actes de bonne volonté ». Par exemple, en 1853, lorsque deux militaires merina originaires du Vakinisisaony et de l’Avaradrano désertent et se réfugient à Nosy Mitsio, le roi les fait ramener à Ambohimarina par des « lohavohitra » (chefs de village). Ces derniers sont chargés de rassurer les autorités merina sur ses bonnes intentions puisqu’il se considère comme un « Ambaniandro », « un enfant de Ranavalomanjaka » (Ranavalona 1ère).

Pela Ravalitera

Mercredi 13 fevrier 2013

Notes du passé

L’Express

 

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