2013-02-14 Tsimiaro entre Merina et Français

Publié le par Alain GYRE

Tsimiaro entre Merina et Français

Merina et Antankarana sont obligés de faire des concessions pour éviter des confrontations directes. Ainsi en 1853, lorsque deux militaires merina désertent et se refugient à Nosy Mitsio, Tsimiaro les fait ramener à Ambohimarina par des « lohavohitra » (chefs de village). Ces derniers devaient rassurer les autorités merina sur ses bonnes intentions, car « le roi des Antankarana a prêté serment de fidélité (velirano) et offert le hasina (piastre entière), symbole de reconnaissance et de confirmation du pouvoir royal à Ranavalona­manjaka » (lire précédente Note).
L’historienne Micheline Rasoamiara­manana ajoute que l’année suivante, le roi Tsimiaro délègue à Ambohimarina ses représentants pour assister à la Fête annuelle du Bain royal (Fandroana), « occasion pour les Grands du Royaume de Madagascar et ceux qui exercent quelque autorité de renouveler leur serment d’allégeance ». Le gouverneur merina profite des festivités pour offrir des vivres à la délégation, don qui consiste en « 8 bœufs,
7 moutons, 5 chèvres, 10 dindons, 8 oies, 22 ca­nards, 33 coqs et poules, 10 tortues, 10 canards musqués ».
Il faut préciser que malgré des invitations qui lui sont adressées et ses promesses de les honorer, Tsimiaro évite de se rendre en personne dans une garnison merina. « Le roi antankarana était dans l’obligation de se comporter ainsi pour la sécurité des Antankarana de la Grande terre ». Ce qui est fort compréhensible car il n’est pas rare que les déclarations d’intention soient immédiatement démenties par les actes. Car en même temps que les gestes de bonne volonté, les escarmouches peuvent continuer de part et d’autre.
D’ailleurs, les razzias répétées des Betanimena, groupe de Betsimisaraka alliés des Merina, contre les Antankarana décident le roi et les princes de Nosy Faly à se rendre à Nosy Be en août 1856 pour faire part au commandant français d’un projet d’expédition contre la garnison merina d’Anorotsangana dans le Nord-ouest du pays. De nombreux Sakalava se déclarent prêts à soutenir les Antankarana, « soit un total de 6 000 à 8 000 individus ». Ne sachant ce qu’il y a de fondé dans les bruits qui circulent sur une expédition française dans la Grande île, il leur demande de reporter leur projet pour éviter
« une complication de la situation ».
Pour les Antankarana, si l’alliance avec les Français est un atout face aux Merina, la dépendance qu’elle crée ne compense pas forcément les avantages que Tsimiaro peut en tirer. Il est vrai qu’il bénéficie d’une pension dont le taux reste pourtant inchangé pendant quarante ans de règne. En outre, grâce à l’action des missionnaires catholiques français qui œuvrent dans les petites îles, il peut satisfaire aussi son grand désir de s’instruire puisqu’il par le couramment le français et en fait profiter ses enfants et ses sujets.
Enfin, quand il séjourne à Nosy Be, Tsimiaro dispose d’une case et il a droit à des rations alimentaires allouées par le commandant français. Il bénéfice d’une autre attention. « Au moment de la signature du traité de 1841, il est conduit à l’île Bourbon, reçu et traité en ami par le gouverneur (l’amiral de Hell). On lui rend alors de grands honneurs : coups de canon, fêtes, bals et spectacles. L’amiral lui donne un habillement complet : habits, épaulettes, sabre et couvre-chef ».
Mais comme les intérêts ne sont pas forcément convergents ou complémentaires, ces bonnes relations s’avèrent plus d’une fois problématiques. À partir de 1842, année de la conversion du roi à l’Islam, les rapports autrefois excellents avec les missionnaires catholiques se dégradent. « Monsieur Dalmont, enchanté par la chaleureuse hospitalité du roi, la finesse de son intelligence et sa facilité à tout retenir rapidement, ne se souvient plus que de sa cupidité, comprenant mal qu’un polygame ne puisse partager son enthousiasme pour les sublimes enseignements de l’Eglise sur le mariage chrétien ».
C’est pourquoi, une affaire d’apparence anodine qui oppose le roi à Derussat, commandant particulier de Nosy Be, risque de remettre en cause les fondements même de la royauté en 1861, révélant la différence totale des systèmes de valeur.

Pela Ravalitera

Jeudi 14 fevrier 2013

Notes du passé

L’Express

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