2013-02-15 Tsimiaro trahi de toutes parts

Publié le par Alain GYRE

Tsimiaro trahi de toutes parts

Bien que les Antankarana entretiennent des relations bien meilleures avec les Français, contrairement aux Merina, cette bonne entente devient parfois problématique. Surtout à partir de 1842, lorsque Tsimiaro se convertit à l’Islam.
Un incident va le prouver bientôt. La coutume prescrit de tout temps à tout Antan­karana de prendre le deuil et de se couper les cheveux à la mort d’un prince. En 1861, un certain Finazo refuse non seulement de se conformer aux traditions, mais tient encore, selon le roi Tsimiaro, des propos insolents contre lui. Réuni, le Conseil le condamne « à la confiscation de ses 87 bœufs, de son riz et tout ce qu’il possède à Nosy Faly ».
Mais comme l’accusé a habité longtemps à Nosy Be, Finazo se plaint auprès du commandant particulier de l’île, le Français Derussat qui oblige Tsimiaro « à restituer les biens confisqués ». Et lors du voyage qu’il fait à Nosy Be, juste après cette condamnation, le roi est traité de « voleur, brigand ».
Pourtant, d’après l’historienne Micheline Rasoamiaramanana, son principal crime est d’avoir « embrassé la religion musulmane et d’avoir planté sur ses terres, le drapeau de ses ancêtres (toile blanche avec nouvelle lune et étoile) à côté du drapeau français ».
Tsimiaro expose au commandant Derussat, qu’au moment de céder une partie de ses terres, il a été convenu avec les Français qu’il demeurera le maître absolu de la portion de ses États qu’il se réserve, et administrera ses sujets suivant les lois et coutumes en usage. Ainsi, les Français ne devront intervenir en rien dans son administration intérieure.
Malheureusement pour lui cela ne figure pas dans le texte du traité, à cause d’une différence totale des systèmes de valeur, notamment entre l’écrit et l’oral. Ce qui explique les dures paroles de Derussat à l’égard de Tsimiaro. Au moment de son départ de Nosy Be, ce dernier échappe par le plus pur des hasards à un attentat.
Ce qui le pousse à adresser une plainte à l’empereur des Français, Napoléon III. Le commandant Dupré de la Station navale est consulté sur l’affaire, et « manquant singulièrement d’objectivité », il abonde dans le sens de Derussat et minimise la protestation royale. Au contraire, il incite même le commandant de Nosy Be « à ne pas ménager Tsimiaro, à retenir sur sa pension et la valeur du vol et une amende s’il ne s’exécutait pas de bonne grâce ».
Déçu et mécontent, Tsimiaro profite de la mort de Ranavalona 1ère en 1861, pour écrire à son fils et successeur Radama II. Dans sa missive, il se plaint des Français « usurpateurs de leurs territoires » et lui propose de réunir leurs troupes pour chasser les Français de Nosy Be.
Malheureusement, non seulement « Ra­dama II ne répond pas à ses ouvertures, mais en adoptant une attitude pour la moins discutable, en informe le commandant de la Station navale » !

Pela Ravalitera

Vendredi 15 fevrier 2013

Notes du passé

L’Express

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