2013-02-27 La dure lutte des Vazimba dans l’Ankova

Publié le par Alain GYRE

La dure lutte des Vazimba dans l’Ankova

Les Vazimba apparaissent en Imerina au XIIe-XIVe siècle, reprennent progressivement leurs habitudes sédentaires pour découvrir les meilleurs sites où s’installer.
« Ils essuyèrent les pires épreuves pour subsister sur une terre vierge, pays de marécages et de forêts » (Edouard Ralai­mihoatra, 1948).
Bon nombre d’entre eux périssent, tels les « Vazimba very tantara », ceux dont l’histoire se perd. Les documents de Callet donnent un tableau sombre de cette lutte contre la nature, si pénible qu’elle détermine les Vazimba Andrianoranorana à reprendre le chemin de Maroantsetra.
Les Vazimba sont aussi divisés au cours de leur migration qu’à leur arrivée en Imerina. Établis sur les collines habitables par groupes isolés dans l’espace limité par le massif de l’Ankaratra, l’Ikopa et la grande forêt de l’Est, leurs clans sont indépendants et chacun obéit à son chef, à la fois naturel et religieux.
Ce, jusqu’au moment où l’un de ces clans, installé à Ampandrana depuis deux ou trois générations, restaure le principe du droit d’aînesse, « principe sans doute coutumier de la race mais compromis au cours de la migration ».
Cette restauration prépare le regroupement des Vazimba qui donnera la dynastie régnante de l’Imerina. C’est le « Fanjakana ifanovana », l’organisation monarchique selon laquelle les cadets de la famille s’effacent devant le premier-né qui recueille la direction du clan.
Plus tard, Rangita d’Imerimanjaka issue en droite ligne des Vazimba d’Ampan­drana institue le « Fanjakana arindra », véritable droit d’accession à la dignité royale, en vertu duquel Andriamanelo devra succéder à sa mère Rafohy et transmettre ultérieurement le pouvoir à son jeune frère, Andriamanani­tany. Le « Fanjakana arindra » marque la seconde étape de l’acheminement des Vazimba vers l’unité ethnique, dans le cadre de l’unité géographique de l’Imerina.
« Les Vazimba se regroupaient donc de nouveau. Un peuple ressuscitait en Imerina ». L’écho de ce regroupement ne manque pas de se répandre parmi les races côtières qui, ayant oublié les Vazimba qu’ils ont chassés ou combattus dans un lointain passé et ne sachant quel nom leur donner, les appellent les « Tankova », raccourci en « Hova ». « Le terme hova apparaît pour la première fois dans les documents relatifs au règne d’Andriamanelo. »
Fort de l’institution du « Fanjakana arin­dra», ce dernier entreprend d’éliminer d’autres chefs Vazimba et de se substituer à eux. Le RP Callet parle ainsi des guerres d’Andriamanelo: « Les Vazimba, vaincus grâce aux sagaies fabriquées pour les combattre, s’en allèrent ».
Selon E. Ralaimihoatra, ses conquêtes ne visent cependant pas à chasser la race vazimba à laquelle il appartient, mais à évincer les chefs de clans rivaux. « Vazimba vaincus » désignent les chefs et non les clans qui passent sous sa domination. « Il plaça des Hova là où il y avait des Vazimba », écrit encore le RP Callet, Vazimba étant le clan annexé par le vainqueur Hova.
C’est dire qu’il n’y a pas de refoulement de clans vaincus, même si l’usage du mot vazimba est devenu de moins en moins courant pour finir par disparaître.
Du reste, le terme acquiert divers sens qui portent jusqu’à maintenant l’empreinte du temps et de la
superstition. Ainsi, par exemple, pour avoir été pendant longtemps les adversaires tenaces des successeurs des Vazimba d’Ampandrana, Andriampirokana et son clan deviennent particulièrement célèbres et passent pour les seuls Vazimba authentiques de l’Imerina. Tradition qui leur vaut un culte durable grâce auquel leurs descendants perpétuent le refus de se soumettre au pouvoir monarchique.
Autre exemple : pour la crédulité populaire, le culte généralisé des Vazimba les transforme en forces invisibles, méchantes, réfugiées dans les endroits peu fréquentes, tels que les sources et les vallons, où il faut les craindre et les satisfaire sous peine d’en être les victimes. « Ainsi, la religion des habitants de l’Imerina a contribué à l’évolution du sens du mot Vazimba qui a fini par caractériser ce qui est ancien, ce qui est délaissé » (E. Ralaimihoatra). Sont ainsi « fasam-bazimba », les tombes qui sont laissées à l’abandon, que personne n’entretient, telles celles de Ravololondrenitrimo, sœur présumée d’Andriamasi­navalona, morte sans postérité.

Pela Ravalitera

Mercredi 27 fevrier 2013

Notes du passé

L’Express

 

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