2013-03-04 Des digues tricentenaires pour maîtriser l’eau

Publié le par Alain GYRE

Des digues tricentenaires pour maîtriser l’eau

Les premières digues qui entourent la Cité des Mille datent du XVIIe et du XVIIIe siècles sous le règne d’Andrian­tsitakatrandriana (1630-1650), sixième roi de l’Imerina depuis Rafohy, celui d’Andria­masinavalona (1675-1710) et celui d’Andrianampoinimerina (né en 1745 et tournant le dos en 1810). Selon la tradition, Andrianampoinimerina consacre son règne à encourager l’agriculture. Il lance alors un défi à ses deux fils- l’aîné, seigneur de Tsimilefa à l’ouest de Soanierana, le cadet, celui d’Alasora- comme quoi celui qui maîtrisera l’eau, lui succèdera.
Lorsque vient la nuit, tout Alasora travaille d’arrache-pied à l’aide de bois et de terre et quand tout est terminé, le maître du fief prévient son père. C’est ainsi qu’Andrian­tsimitoviaminandriandehibe règne sur l’Imerina vers 1650-1675. Plus tard, son fils Andriamasinavalona décide de poursuivre cette œuvre « pour nourrir son peuple », son premier souci étant d’intensifier l’agriculture. Aussi agrandit-il les digues-limites du Betsimitatatra jusqu’à Ilanivato, notamment autour d’Alasora, par la construction de la digue appelée Vohilava.
La tradition raconte que, en encourageant son peuple à construire cette digue, Andrimasi­navalona et son sage conseiller Andriamam­pandry jouent la comédie. Le premier annonce, au cours d’un kabary à Andohalo, que le peuple doit être rassasié. À quoi répond son conseiller : « Nous ne le pouvons pas ». Le roi doit alors le battre pour ces paroles de refus et le peuple s’interpose en promettant de tout faire pour augmenter la production rizicole. C’est ainsi que débute la construction de Vohilava à Ambohitrandriananahary, passant par Antanjonandriana jusqu’à Andriantany et ce, pour gagner de nouvelles rizières sur le Betsimitatatra.
Près d’un siècle plus tard, deux objectifs poussent Andrianampoinimerina quand, à son tour, il édicte la création dans l’Imerina réuni, de digues : d’une part, aménager de nouvelles rizières et les protéger des fortes crues saisonnières ; d’autre part, constituer des frontières entre les six territoires pour que leurs populations n’empiètent pas sur ceux de leurs voisins.
« Le devoir de l’État ne consiste qu’en des travaux qui rendent la terre productrice puisque c’est là la façon d’assurer le bien-être de la population » , d’autant que « le riz et moi ne faisons qu’un ». Pour Andrianampoinimerina, en effet, la paix étant instaurée dans son royaume, il est temps de penser au bonheur de son peuple en menant une guerre contre la faim.
C’est au cours d’un grand kabary, comme à son habitude, qu’il en donne l’exécution après explications et délibérations. « Les digues seront construites parce que l’eau non maitrisée est mon ennemie et pour que mon peuple soit repu. » Maîtrise de l’eau par l’établissement d’un grand réseau d’irrigations, dont tous doivent bénéficier, qu’ils aient une grande ou une petite rizière. « Quiconque compte détourner l’eau à son profit, sera sévèrement puni. »
Les digues créées sous Andrianam­poinimerina sont appelées Lavatehezana. Chaque territoire et, à l’intérieur du territoire, chaque fokonolona ont leurs digues à construire et à préserver.
Du reste, chaque fois qu’une digue est élevée, assez résistante pour affronter les intempéries, le roi offre des zébus à raison d’un pour 10 hommes. C’est aussi pour tous les Merina, en présence du souverain, de renforcer le Vahilava bâti par son illustre ancêtre.
En tant que limites territoriales, ces digues sont grosso modo le Vahilava qui sépare l’Avaradrano du Vakinisisaony à l’Est (de Tanjombato au Vakiniadiana du côté de Mantasoa); l’Antenina entre le Vakinisisaony et l’Ambodirano à l’ouest; le Vakinitoalaza entre l’Avaradrano et le Marovatana ; le Kelilalina entre le Vonizongo et le Marovatana au nord; l’Ampitatafika et l’Antongona entre l’Ambodirano et le Marovatana; entre l’Ambodirano et le Vakinankaratra au sud, les digues sur la rivière Ambatotsipihina. Dans le Vakinankaratra, une digue-limite est aussi construite entre Antsirabe et Betafo.
À cela s’ajoutent les diguettes telles celles à l’intérieur de l’Avaradrano comme Jabo et Sahasarotra chez les Tsimahafotsy; Mamba et Andranonahoatra chez les Tsimiamboholahy; Maromanitra et Mananara dans le Mandia­vato; et chez les Voromahery, Andranolava, au centre du Betsimitatatra, d’Isotry et Andava­mamba à Andranomena et Soavimasoandro.

Pela Ravalitera

Lundi 04 mars 2013

Notes du passé

L’Express

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