2013-03-20 Beaucoup trop d’innovations dans la cité des Mille

Publié le par Alain GYRE

Beaucoup trop d’innovations dans la cité des Mille

Sous le règne de Radama 1er, Antana­narivo s’agrandit considérablement. Les troupes qui forment l’armée de métier créé par le roi, 12 000 à 15 000 hommes, en 1828, sont logés dans la cité et dans les villages de la banlieue.
De plus, l’industrie de l’armement, développée du fait des guerres de conquête, amène tout un peuple de forgerons, armuriers et artisans du fer à Amparibe, autour de l’atelier de l’Anglais Chick.
Outre James Cameron, de nombreux Européens initient les Malgaches aux « arts et techniques ». Un métis français, Carvaille, introduit l’art de la ferblanterie et forme de nombreux apprentis.
Le premier Européen à enseigner l’art de l’aiguille est un autre Français, Morio. « Ses élèves, tous des hommes, exposeront à Tananarive les premiers habits cousus et les premières broderies qu’on y ait fabriquées » (Revue de Madagascar spéciale, « Tananarive », MCMLII).
Le plus connu parmi les Français de l’époque de Radama 1er est Louis Gros, entrepreneur en construction appelé par certains Legros. Il arrive en 1819 et se met aussitôt à former des charpentiers, des menuisiers et des ébénistes. Son atelier est installé à Andohalo et ses ouvriers sont réputés pour leur habileté.
Aidé d’un autre Français, le dessinateur Casimir, et d’un jardinier allemand, Bojer, Louis Gros conçoit et exécute pour Radama un palais en bois à Soanierana, dans lequel on croit voir en 1826 « une merveille d’architec­ture ». Il contribue à répandre, dans la capitale, la mode des maisons à étages pourvues de vérandas, utilise du fer forgé et multiplie les lignes courbes dans la décoration.
De son côté, la Mission de Londres amène à Antananarivo des ouvriers missionnaires. Malheureusement, le charpentier Brooks ne tarde pas à succomber à des fièvres. Le forgeron Chick s’installe à Amparibe et forme plusieurs centaines d’ouvriers métallurgistes. Le tisserand Rowlands s’établit à Antsahadinta où il fabrique des cotonnades. Plus tard, il cultivera du chanvre avant de périr lui aussi des fièvres.
Il y a enfin, le vanneur-cordonnier Kitching, et Canham qui installe également une tannerie et une fabrique de chaussures à Fenoarivo.
Un autre ouvrier missionnaire, Cumins, arrive en 1826. Il est filateur et enseigne son art à un certain nombre de jeunes gens choisis par Radama. Une machine qu’il utilise, continuera à fonctionner jusqu’en 1870.
Le bilan du règne de Radama 1er est positif. Pour nourrir les quelque 30 à 35 000 habitants d’Antananarivo, 5 000 à 6 000 ha dans la plaine du Betsimitatatra sont mis en valeur.
Le roi fait creuser le canal d’Ivanga, dit de Radama, qui est alimenté par les eaux du lac Mahazoarivo, au sud-est de la ville, et se dirige vers Maha­masina et le lac Anosy, utilisé comme réservoir.
Presqu’entièrement acquis aux idées et au goût occidentaux, Radama abandonne le lamba traditionnel pour le costume européen.
Leguével de Lacombe raconte en 1826 : « À son imitation, ses officiers, les honneurs, adoptent la redingote rouge de l’armée anglaise. Ils font venir d’Europe des pendules, des boîtes à musique, des tissus d’ameublement, de l’argenterie… Beaucoup de choses ont changé dans le vieux Tananarive. Il y a beaucoup d’innovations, beaucoup trop … sans doute ! ».

Pela Ravalitera

Mercredi 20 mars 2013

Notes du passé

L’Express

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