2013-03-23 Une ville de parcs et de jardins naît

Publié le par Alain GYRE

Une ville de parcs et de jardins naît

Àpartir de 1861, le visage d’Antana­narivo se modernise avec les édifices cultuels et les constructions civiles en dur. Les Européens ne se contentent pas de reconstruire la ville, ils font beaucoup pour l’embellir, apprenant aux habitants à cultiver de beaux arbres, des arbustes et des fleurs exotiques : eucalyptus, filaos, bougainvillées, lilas du Cap sont plantés à partir de 1865.
Vingt ans plus tard, on en rencontre partout car le goût des jardins et la culture des fleurs se propagent très rapidement chez les habitants. « Depuis les choux, les laitues jusqu’aux pruniers et aux pêchers, sans compter les roses, les œillets, tout est aussitôt recherché, planté, diffusé et adopté d’enthousiasme par les Merina » (Revue de Mada­gascar spéciale, « Tanana­rive », MCMLII).
C’est dans le domaine catholique d’Ambohipo que l’on voit éclore les projets d’utilisation des arbres en vue de l’urbanisme. Le parc qui est créé sur les terrains alluvionnaires des bords du lac,
« où sont essayées 47 familles d’arbres tant européennes qu’exotiques », restera l’ancêtre de tous les parcs et jardins d’Antanana­rivo.
C’est aussi là que fonctionnent des nouveautés comme un moulin à vent, une pompe aspirante
et refoulante, et enfin une charrue.
C’est enfin là que les Tanana­riviens « prennent l’habitude de se procurer les premières pommes de terre, laitues et carottes, ainsi que les premiers choux, céleris et arti­chauts ». De leur côté, les résidents anglais rivalisent pour obtenir les meilleurs plants, les meilleures graines.
En 1895, après trente ans d’efforts, la capitale est totalement transformée.
Toutefois, le développement de la voirie et de l’urbanisme ne va pas de pair avec le système d’architecture et de constructions. Les rues sont inexistantes : seuls des sentiers et des fondrières permettent de communiquer d’un quartier à l’autre, d’une bâtisse à l’autre.
Malgré les ordres royaux, les habitants n’effectuent aucun entretien, aucun nettoyage : « Ordures, tas de fumiers et cloaques surgissent à chaque pas ». Une route pavée est établie entre le Rova et la place d’Andohalo ainsi qu’un petit tronçon à la descente d’Ambatovinaky. « On a aussi régularisé environ un kilomètre de chemins, mais on s’en est tenu là… ».
Aucun service public ne fonctionne pour la propreté ou l’hygiène. La peste, le typhus, la variole et le paludisme récurrents font des ravages.
Le premier médecin européen, le Dr Davidson arrive en 1861, ouvre un dispensaire qui donne
5 000 à 6 000 consultations
chaque année. D’autres médecins viennent ensuite, dépendant des Missions de Londres, d’Edimbourg, norvégienne ou catholique, mais ils ne suffisent pas à la tâche.
Pourtant, la population fait montre d’un désir de ne pas paraître inférieure aux modèles européens, favorisée par les missionnaires. Et les transformations marquantes relèvent, en général, de l’extrême facilité avec laquelle elle adopte « dans l’ordre matériel, toute nouvelle manière d’être, de se vêtir, de se loger ou de se nourrir ».
Ainsi, déjà en 1857, sous Ranavalona 1ère, la voyageuse Ida Pfeiffer signale que les dames de la Cour cherchent à suivre les modes de Paris.
Au retour des Européens en 1862, la ville est inondée de costumes défraîchis, de friperies d’Occident, de tenues militaires hors d’usage.
L’importation de toiles, calicots et indiennes, qui se développe depuis 1863, permet à la population de se vêtir d’une manière décente.
En 1890, tout le monde connaît l’usage du savon et s’en sert. On imprime des livres et on les relie avec art. Des ateliers de bijouterie et de bimbeloterie s’ouvrent, nombreux.
Les femmes s’initient aux finesses de la dentelle et de la broderie à la Mission catholique en 1886.
Enfin, de nombreuses boutiques européennes bordent l’actuelle rue Ratsimilaho, tandis que la population apprend l’usage du pain, des gâteaux, du lait, du beurre, du café, du thé, du sucre raffiné et d’une foule d’autres produits qu’elle n’a pas employés auparavant.

Pela Ravalitera

Samedi 23 mars 2013

Notes du passé

L’Express

Publié dans Notes du passé

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