2013-03-30 Le filanjana, un « appareil » adapté à la Grande île

Publié le par Alain GYRE

Le filanjana, un « appareil » adapté à la Grande île

 

Au début de la colonisation, les colons français de Mada­gascar donnent des conseils à leurs compatriotes de la Métropole qui envisagent d’agrandir leurs rangs en tant que colons. À commencer par le mode de déplacement dans la Grande île. L’on sait que les monarques merina ont volontairement refusé d’ouvrir des routes pour relier le Centre au littoral et tous utilisent des sentiers dont les tracés changent au gré de la pluie, du lit des voies d’eau et d’autres aléas climatiques.
Sur de tels sentiers, « on ne peut guère songer aux voitures ». Il reste le portage à dos d’homme et les animaux de selle et de bât : c’est ainsi que circulent voyageurs et marchandises, les hommes en filanjana, les colis attachés à des bâtons portés sur l’épaule par un ou plusieurs hommes, suivant leur poids, leur volume et la rapidité de la marche.
Ces colons de la première heure présentent alors le filanjana. « Il se compose d’un siège formé d’une carcasse légère en fer recouverte en toile ou en cuir, et fixé à deux brancards de trois mètres environ, en bois léger et flexible. Vous vous asseyez sur ce siège, les pieds reposant sur une planchette suspendue par des courroies, le dos appuyé sur un coussin et quatre vigoureux gaillards empoignant les brancards, les placent sur leurs épaules. Vous voilà en mesure de parcourir des centaines de kilomètres ».
Pour une petite course, quatre hommes suffisent. Au contraire, huit à douze hommes qui se relaient « tous les 100 pas », sont nécessaires pour ne pas ralentir l’allure dans un long voyage. D’autant que la longueur des marches journalières varie en fonction de divers facteurs : la qualité du terrain, la météo… En terrain découvert et par beau temps, il est facile de faire 90 à 100 km.
Si au début, le filanjana fatigue, on s’y habitue facilement et l’on constate que pour Madagascar « cet appareil est très pratique et très confortable ».
Mais pour se rendre compte de son utilité, il faut s’en servir dans des endroits difficiles.
« Au bord des précipices, sur les troncs branlants jetés au-dessus des torrents, au milieu des gués dangereux, dans des bourbiers infects où l’on s’enfonce jusqu’au ventre, bannissez toute crainte et fiez-vous à l’adresse de vos hommes. Du reste, les prodiges qu’ils accompliront sous vos yeux vous rassureront vite ».
Le métier de porteur de filanjana n’est pas à la portée de tous. Ce sont des hommes de choix, très vigoureux et jeunes. « Ils s’usent vite et deviennent alors porteurs de bagages ». Et pourtant, ils aiment leur métier, malgré ses fatigues et ses dangers, et le quittent à regret. « D’un naturel gai et bon enfant, ils vivent sans souci du lendemain ; aujourd’hui ici, demain là, au hasard des engagements ».
À la même époque, les animaux de selle ou de bât sont peu employés. Situation qui pourra changer quand « les colons arriveront en nombre ». Ainsi, le cheval, le mulet et le bœuf seront appelés à rendre de grands services. Les trois premiers importés dans l’île s’y adaptent très bien sous tous les climats. Car « contrairement à ce qu’ont avancé des personnes mal renseignées, il n’existe à Madagascar ni maladie épidémique ni parasite qui s’oppose à l’introduction de ces animaux ».
D’ailleurs, à Antsiranana, le service de l’artillerie possède des mulets introduits dix ans plus tôt après avoir été employés à Formose. Sur les côtes et à l’intérieur des terres, vivent quelques chevaux et ânes en pleine santé et pleins de vigueur.
Le bœuf, lui, est local et appartient à la race des zébus. « Les Européens, sur quelques points de la côte, l’attèlent à des voitures ; les Hova et les Betsileo l’emploient au bât ». Le dressage d’un bœuf-cheval, « omby-soavaly », nécessite environ trois mois. Afin d’adoucir le caractère de l’animal, la tradition veut qu’on lui coupe les cornes au ras du front. « Cette opération est assez délicate, l’animal en souffre et pendant un mois, il dépérit ». Après cicatrisation de la blessure, on l’habitue à des fardeaux que l’on augmente progressivement.

Pela Ravalitera

Samedi 30 mars 2013

Notes du passé

L’Express

 

Publié dans Notes du passé

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