2013-04-02 Comment voyager dans la Grande île

Publié le par Alain GYRE

Comment voyager dans la Grande île

Poursuivant leurs conseils aux éventuels colons qui envisagent de venir dans la Grande île en 1896, les Français de Madagascar leur décrivent la bonne attitude à prendre pour y survivre à leur arrivée.
Après le mode de transport terrestre, le plus usité (lire précédente Note), ils abordent le voyage sur les lacs et les rivières où il faut circuler en pirogues avec ou sans balancier. Celles-ci, les « lakafia », sont particulières à la côte occidentale où l’usage en a été probablement introduit par les Arabes. Quelles que soient leurs formes et leurs dimensions, « on est toujours très mal dans ces embarcations, sans compter les risques de chavirer ».
Les « conseillers » des futurs colons abordent par la suite les problèmes de la vie quotidienne, sinon de la survie. Le nouveau venu ne doit pas compter vivre dans un hôtel, s’il débarque dans les petites villes du littoral, à plus forte raison dans les villages de l’intérieur. Ainsi, le voyageur qui compte s’y diriger, doit se préparer à cette situation et apporter avec lui tout ce qui est nécessaire à son existence.
« Les indigènes lui vendront de la viande de bœuf, des poulets, des œufs, du riz. Mais s’il veut une nourriture plus variée, il devra faire ses provisions en conséquence avant le départ ».
Et l’énumération continue : pour traverser une contrée déserte, il faudra prévoir une tente et ne pas oublier de garnir son lit pliant d’une moustiquaire, « autrement, dans les endroits infestés par les moustiques, le sommeil serait impossible ».
Question vestimentaire, les habits légers en toile, excellents pour le climat chaud de la côte, sont insuffisants dans les montagnes. Les variations de température y sont fréquentes et l’immobilité forcée du filanjana rend plus sensible au froid. « Un pardessus, un caoutchouc léger autant que possible mais ample, un casque insolaire et des conserves pour les yeux complèteront l’équipement ».
Pour faciliter le déplacement, les bagages seront divisés en paquets maniables, dont le poids n’excèdera pas 50 kg et dont les dimensions seront restreintes. Pour les garantir de la pluie, il sera prudent de les entourer d’une toile imperméable.
Toujours s’agissant du déplacement, il faut également savoir organiser la caravane. La première chose à faire pour le nouveau venu est « de choisir un commandeur » qui aura la responsabilité du convoi. Il recrutera les porteurs, veillera sur eux pendant la route, dirigera la marche dans les passages difficiles, organisera les étapes, fera préparer la case dans les villages, etc.
Le choix du cuisinier est également important. Il faut trouver un autochtone qui sache « préparer convenablement une omelette, un poulet ou un bifteck, c’est tout ce qu’il faut ». Un domestique est aussi indispensable pour servir à table, monter et démonter le lit, nettoyer les vêtements, etc. « Ces deux hommes suivent à pied comme les porteurs et doivent avoir le jarret assez solide pour arriver les premiers à l’étape et y remplir leur office sans imposer à leur maître une attente trop longue ».
Les « conseillers » précisent cependant que les bagages lourds et volumineux ne suivent pas les voyageurs. Le mieux est de former des convois particuliers qui sont confiés à des commandeurs responsables et qui marchent à petites journées. Les modes d’emballages et de transport de ces grands colis sont très variables. Ceux qui sont susceptibles de se détériorer sous l’influence de la chaleur et de l’humidité ou qui sont fragiles, voyageront dans les caisses qui ont servi à les expédier d’Europe. « C’est souvent très coûteux, mais il n’est pas possible d’agir autrement ».
Au contraire, les cotonnades, les bouteilles, les boîtes de conserve peuvent être confiées telles quelles aux porteurs qui les emballent dans des corbeilles et dans des feuilles d’une plante spéciale, le « hofa», une sorte de vacoa. « Il y a économie dans les prix de transport, le poids de l’enveloppe étant insignifiant ».
Les « conseillers » évitent de donner un aperçu du salaire des porteurs, qui se traite sur place, d’autant que tout dépend de l’offre et de la demande.

Pela Ravalitera

Mardi 02 avril 2013

Notes du passé

L’Express

 

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