2013-04-08 Le pardon réciproque pour effacer les crimes

Publié le par Alain GYRE

Le pardon réciproque pour effacer les crimes

ALeroy-Gourhan et J. Poirier, comme certains ethnologues, indiquent à propos d’institutions comme le « ziva » et le « loha­teny » que « les anciennes dénominations de parenté à plaisanterie ou de parenté au libre-parler paraissent insuffisantes. L’alliance instituée entre deux groupes réalise une unité totale, quasi-organique. C’est donc plus qu’une alliance ou même qu’une parenté, c’est une véritable assimilation qui se produit durant l’installation d’un groupe ethnique dans un nouveau territoire. Les migrations ne sont pas de simples déplacements : « Un groupe installé dans un territoire vit en symbiose avec les esprits du sol qui en sont les propriétaires éminents ».
Dans une étude d’ethnologie juridique (1958) du magistrat Hébert, un vieux Sakalava lui explique : « … C’est l’engagement et la confiance des gens-importants (olom-be) de jadis afin que leurs descendants ne se séparent pas et respectent la parenté des olom-be. Ces derniers ont créé cette parenté pour ne pas s’entretuer ; ils ont ainsi supprimé les guerres (armées) jadis ».
Dans ses « Mœurs et coutumes », Raymond Decary écrit dans le même sens. « Les anciens rois sakalava avaient cherché à développer cette institution pour éviter les crimes. Elle s’étendit à mesure que de nouveaux différends surgi­ssaient… » Car ces alliances entre groupes claniques « trouvent leur point de départ habituel dans un service rendu par une collectivité toute entière à une autre collectivité qu’elle aura sauvée d’un danger grave ou dont elle aura épargné un de ses membres, coupable à son égard d’une lourde faute » (D. Paulné).
C’est la base de ces conventions, tacites ou expresses, que le gouverneur Julien, au fait des mœurs locales, définit comme un accord d’entraide mutuelle, d’assistance en cas de besoins déterminés ou en de circonstances précises, à charge ou non de réciprocité, de tolérance réciproque, de pardon, d’indulgence. Pourtant, toujours selon Julien, le « lohateny » merina ou sakalava n’a pas tout à fait le caractère d’une parenté à plaisanterie, « ziva »; le droit à l’insulte en particulier ne s’y retrouve pas. De son côté, Hébert se basant sur le dictionnaire de Malzac, explique que le verbe sakalava « manjiva » (de ziva)- en merina
« manazimba » de zimba- signifie insulter, ridiculiser, déprécier, mépriser…
En revanche, les conventions de « loha­teny », par bien des côtés, se rapprochent plus de celles du fokonolona. Ainsi, en cas de décès survenu parmi les gens d’Ambohitrarahaba, ceux d’Analamahitsy porteront en terre le mort, et cela à titre de réciprocité. Lorsque les digues d’Ambohidrapeto viennent à se rompre, tous les gens d’Ambaniala- y compris les femmes et les enfants- concourent aux travaux de réfection. Mais c’est sans équivalence. Si le même sinistre se produit à Ambaniala, seuls les hommes d’Ambohidrapeto apportent leur aide. De quoi réviser sinon rompre la convention.
C’est pourquoi dans le « lohateny », « ziva » ou autres institutions assimilées, l’un des deux clans peut souvent se sentir offensé, l’autre n’ayant pas respecté ses cultures, ses biens, la vie de l’un des siens, le respect dû aux ancêtres…
Mais le clan offensé doit pardonner à condition qu’il lui soit pardonné si le cas inverse se produit ! Ainsi, en pays tsimihety, par l’ « anteteky », en cas de dommages commis par imprudence, ou par un irresponsable, ou par un zébu, aucune réparation n’est réclamée. On attend (miteteky) que le phénomène inverse se produise.
À Mitsinjo, une convention se conclut pour mettre fin à une dispute relative à l’entretien d’un tombeau entre deux clans qui en sont venus à maintes reprises aux mains. Ce pardon et cette réciprocité se voient aussi entre
« mpiziva », parfois sous une forme originale : « J’ai le droit de voler un bœuf dans le troupeau de mon allié ; il a aussi le droit inverse ». Seule différence, ils ont le droit de s’insulter ! En tout cas, selon l’éthnologue David, « par ces diverses sortes de convention, la dispersion des biens, la vengeance et les massacres inutiles pouvaient être évitées ».
Plus tard, le ménage prend le pas sur la communauté, le particulier par le lien du sang « fatidrà » sur le groupe social. Et comme dans le passé où ces liens obligent tous les membres du clan et leurs descendances, ces conventions entre familles engagent, par voie héréditaire, toutes les progénitures mâles.

Pela Ravalitera

Lundi 08 avril 2013

Notes du passé

L’Express

 

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