2013-04-11 Des grottes pour réfugiés au cœur de l’Ankarana

Publié le par Alain GYRE

Des grottes pour réfugiés au cœur de l’Ankarana

Les massifs de l’Ankarana, dans le Nord de la Grande île renferment de nombreuses grottes et galeries qui, à différentes époques ont servi de refuges aux rois et princes de la contrée pour fuir leurs ennemis.
Comme tant d’autres, la grotte d’Ambatosahana dans l’Ankarana au Nord de l’île, comporte deux puits. Raymond Decary qui la visite en 1954, en fait une description très nette. À première vue, on constate une galerie longue de 1 000 mètres environ, sans stalactites et peu ramifiée. Non loin de l’entrée, on rencontre un étranglement qui ne laisse guère qu’une ouverture de trois ou quatre mètres carrés, et qui forme un premier point défensif comme une « sorte de banquette de tir naturelle ».
« Au second puits perçant la voûte, les soldats de Radama qui savaient leurs ennemis réfugiés dans un cul-de-sac sans issue, tentèrent de les emmurer et commencèrent la construction d’un barrage de pierres ». L’opération militaire consiste alors à entasser des pierres qu’ils jettent simplement dans la galerie par l’ouverture du puits, dont ils occupent le sommet. Malheureusement, ils n’en trouvent pas assez et ne peuvent en détacher suffisamment du banc calcaire. Le travail est trop dur et ils renoncent quand l’amas atteint deux mètres de haut.
Les Antankarana, pour leur part, sont parfaitement à l’abri dans leur dernier réduit, car « à son autre extrémité, la grotte possède une sortie verticale, véritable cheminée d’escalade difficile et qu’un seul homme pouvait défendre ». Le siège dure trois ans.
La cheminée s’ouvre à mi-hauteur de la falaise pour donner accès à un vaste effondrement de 300 mètres de diamètre. On le connaît sous le nom de Trou de Tsimiaro. Il possède une autre issue qui communique avec un second effondrement, celui d’Antsarandrana
« dont les Merina ignoraient l’existence ». Au fond de ce trou, passe l’Ankarana, rivière autrement appelée Taignan’Ankarana qui passe entre les villages d’Ambatoaranana et d’Andrafiabe et a comme embouchure l’Ambavanankarana.
Dans le trou de Tsimiaro aux parois verticales qui « représentent, par ailleurs, une très curieuse formation karstique, les Antankarana installent le doany royal sur un méplat. Leurs cultures se trouvent dans le fond aujourd’hui occupé par d’épais peuplements de bambous ».
Toujours d’après Raymond Decary, certaines grottes de l‘Ankarana sont transformées en forteresses par les habitants, au cours des luttes qu’ils mènent, d’abord contre les Sakalava au XVIIIe siècle, puis surtout contre les Merina, en particulier sous le règne de Tsimiharo, au moment des guerres d’expansion de Radama 1er.
L’une des principales grottes, celle d’Ambatoanjahana, est formée par une galerie peu ramifiée, longue d’environ un kilomètre. Non loin de l’entrée, un étranglement forme un premier point défensif. Certaines d’entre elles sont très importantes. À l’heure actuelle, au milieu de ce peuple islamisé, la coutume semble avoir disparu et les principaux rois antankarana se font inhumer dans un cimetière proche d’Ambatoharanana, Anjombavola.
Autrefois, les cercueils des anciens Antankarana, en particulier ceux qui renferment les restes royaux, sont dans les grottes qui avoisinent Ambatoharanana. Le roi Tsimiharo est ainsi inhumé dans une grotte très difficile d’accès, qui exige une sérieuse escalade, à Nosy-Ankarana. Elle s’ouvre dans une paroi à vingt mètres de haut et l’on ne doit y pénétrer que découvert.
Le cercueil a quelque trois mètres de long et l’on voit à ses côtés du mobilier, notamment le fauteuil royal. « Quelques mètres plus loin gisent des ossements épars du père de Tsimiharo, car son cercueil a été détruit par le temps ».

Pela Ravalitera

Jeudi 11 avril 2013

Notes du passé

L’Express

 

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