2013-04-16 La Fête du Mât dans le Nord vu par un zanatany

Publié le par Alain GYRE

La Fête du Mât dans le Nord vu par un zanatany

 «L’événement rituel le plus important dans l’ordre traditionnel en pays antankarana est la grande fête du tsangantsaigny ou érection du mât qui porte le drapeau, saigny, symbole de la royauté et de l’unité traditionnelle de la communauté antankarana. Cette fête a lieu chaque fois que le mât précédent, vermoulu, s’écroule de lui-même ( mirôts, littéralement se couche selon le terme consacré). Ces derniers temps, cela se produit tous les quatre ou cinq ans », décrit le chercheur Théodore Jean.
La fête se termine traditionnellement par la circoncision collective des enfants antankarana, y compris ceux de la famille royale. Le mât est érigé au village d’Ambatoaranana, capitale rituelle de la communauté, sur la grande place au nord du « zomba » ou maison royale.
En 1962, Me Gabriel Pain, avocat d’Anta­nanarivo, a l’occasion d’assister à l’évènement. Il débarque le 1er novembre à Antsiranana, la Fête du Mât étant célébrée le même jour à Ambatoaranana, à 20 km d’Ambilobe et lieu de résidence des rois antankarana. Il laisse de cette visite une relation écrite.
Pour Me Gabriel Pain, la cérémonie du Tsangatsaina est célébrée en souvenir de l’unité du peuple antankarana et surtout de « l’alliance passée avec Benyowski en 1776 ». Alliance renouvelée en 1840 avec le capitaine Passot. Pour les Antankarana, comme le souligne Cassam Aly Ndandahizara, il symbolise l’unité du peuple antankarana autour de leur roi.
« Cette marque de fidélité reste tangible jusqu’à nos jours. »
Poursuivant sa narration, l’avocat tananarivien écrit : « Des hommes gardaient le mât qui venait d’être apporté de la forêt où il avait été coupé et préparé, un mois auparavant avec de grandes fêtes. » Cassam Aly Ndandahizara précise :
« Les Antankarana du sud d’Ambatoaranana amènent les deux parties du mât, le mâle et la femelle, jusqu’à la rivière d’Ankeriky après un travail de quinze jours, sans aucune rémunération ; ceux du nord s’en chargent jusqu’à la fin du rituel de Tsangatsaigny. »
L’homme de loi indique que la caractéristique du mât d’une vingtaine de mètres de haut, est qu’il est constitué de deux bois « d’essence différente » (en fait, il s’agit d’une même espèce d’arbre, le « tsitakonala ») assemblés en un très long biseau, unis par deux importantes ferrures. Et pour lui, cet assemblage « symbolise l’étroite alliance, toujours renouvelée du pays antankarana et de la France ». Le mât sera dressé devant la demeure du roi, « à midi exactement ».
Toute la matinée, chants et danses se succèdent avec des décharges de mousqueterie, puis le mât est transporté de la Place du village à celle qui se trouve devant la demeure du roi Ibrahim Tsimiaro II. Des jeunes gens se chargent de son transport en chantant et en dansant, à l’aide de grandes cordes et avec des bois placés transversalement. « Les porteurs étaient bénis par des femmes vêtues d’un seul lamba lié sur la poitrine et portant des cruches sur la tête. Elles ne cessaient de chanter et de les accompagner en les aspergeant de l’eau sacrée (bénite) », poursuit le narrateur.
Un grand trou est déjà creusé dans le coin nord-est de la Place devant le « zomba ». Le Mât est hissé à l’heure dite à l’aide de grandes cordes. Celles-ci permettent de l’étayer et de le maintenir en place pendant que le trou est immédiatement rebouché et tassé fortement.
C’est le moment choisi par le roi Ibrahim Tsimiaro II pour faire son apparition sur le pas de sa porte, car depuis le matin, il tient audience.
Un filanjana décoré de draperie rouge lui est présenté, il y monte et tout le monde met genou à terre pendant qu’il traverse la foule et se rend au pied du mât. « Il était alors vêtu d’un costume d’officiel de l’époque napoléonienne, coiffé d’un bicorne à garniture dorée et portait le sabre d’argent qui avait été offert à ses ancêtres par la France. Un assistant portait un parasol rouge au-dessus de sa tête, symbole de la royauté. Il fit lentement au milieu de la foule, sept fois le tour du Mât, puis revint vers sa demeure. »

Pela Ravalitera

Mardi 16 avril 2013

Notes du passé

L’Express

 

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