2013-04-18 Coloniser en devenant indispensable

Publié le par Alain GYRE

Coloniser en devenant indispensable

Le rapport du 28 dé­cembre 1820 sur l’occupation des possessions françaises et surtout de l’île Sainte-Marie, montre certaines méthodes de la colonisation française. Outre quelques Créoles libres de Bourbon (La Réunion actuelle) il y est question de faire venir des colons militaires destinés à prendre pour femmes des filles du pays, et de jeunes civils pourvus de métiers et « propres à faire de riches mariages ».
À leur côté, on amènera également des familles de cultivateurs et d’ouvriers chinois, des familles malaises, des Cypahis français pour le service militaire. Et aussi des instituteurs et autres personnes aptes à agir utilement pour la France, « en s’attachant au service des chefs madécasses ».
Une suggestion est même faite de créer en France une école particulière- « pas forcément spéciale »- dans laquelle « on élèverait ou l’on achèverait d’élever des jeunes gens robustes, intelligents, aptes à s’introduire auprès des chefs madécasses, à gagner leur confiance et à les servir ». L’objectif est qu’ils deviennent les secrétaires, les généraux, les minis­tres des chefs du pays. Une autre opération est aussi proposée : éduquer en France un certain nombre d’enfants « choisis parmi les familles les plus distinguées ou les plus riches ».
Il est aussi question d’employer les travailleurs cafres, « esclaves des Madécasses », car ils sont robustes, fidèles et courageux. Dans cette optique, les Français les loueront aux Malgaches. « On ferait ainsi un marché plus sûr qu’en les achetant et surtout en les payant sur le champ », car il n’y a aucune garantie qu’ils ne désertent, se croyant libérés par la vente. Dans tous les cas, les colons devront agir avec eux, loués ou achetés, comme leurs anciens maîtres malgaches.
« Comme l’esclavage est très doux à Madagascar, il y a nécessité évidemment de les bien traiter. » De ce fait, ils vivront avec leurs familles dans leurs propres cases, auront un peu de terre et quelque argent, et la perspective d’une petite propriété après l’expiration de leur contrat. « Un présent tolérable et un avenir heureux doivent, dans notre propre intérêt, leur être assurés. » On prévoit même un atelier militaire pour faire des hommes, des personnes à la fois disciplinées, obéissantes et heureuses. Et pour les fidéliser et ainsi, faire prospérer l’établissement, il faut qu’ils jouissent « de toute la somme de bien-être, soit actuel soit graduel » qu’ils méritent par leur travail. « Il est essentiel que les engagés y trouvent mieux que chez les Madécasses. »
Le rapport aborde aussi les relations avec les rois et chefs du pays et avec les Anglais. Ces derniers ont sur Madagascar des vues bien arrêtées, « dont ils suivent l’exécution avec leur persévérance ordinaire ». Le nom de Radama 1er est même cité. « Rada­ma entretient un corps entier qui porte l’uniforme anglais. La fortune peut être favorable au roi des Hova dans l’exécution de son projet de conquête de l’île entière; elle peut aussi lui être contraire. »
Le rapport souligne alors que l’abolition de la traite qui doit être rigoureusement maintenue à Madagascar, provoque le grand mécontentement de Radama et de Jean René, prince du Betsimi­saraka. « Si soit à Bourbon soit à la Guyane française, il y avait un moyen d’employer comme engagés les moindres esclaves de Madagascar, ce serait là un moyen excellent de tenir les chefs indigènes par l’intérêt en même temps que de venir au secours de nos cultures coloniales. »
Cependant, des réserves sont émises sur ce point, parlant de la nécessité d’une entente préalable avec les gouvernements signataires du Traité sur l’abolition de la traite.
Le rapport indique enfin que l’espoir du succès de l’établissement projeté à Sainte-Marie, repose en très grande partie sur la sagesse, l’habileté et la fermeté du commandant particulier, en l’occurrence Sylvain Roux, à qui il est confié directement; également sur la composition de la « compagnie d’ouvriers d’artillerie de la Marine » destinés à devenir des colons militaires, ce qui nécessite au préalable un « choix excellent »; et enfin, sur les travailleurs cafres,
« cariatides de l’édifice », engagés pour les ouvrages relatifs au service public et à l’agriculture.

Pela Ravalitera

Jeudi 18 avril 2013

Notes du passé

L’Express

 

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