2013-04-19 Jean René, « Mpanjakamena » des Betsimisaraka

Publié le par Alain GYRE

Jean René, « Mpanjakamena » des Betsimisaraka

Dans le courant du XVIIe et du XVIIIe siècles, la côte orientale malgache sert plus d’une fois de refuge à diverses bandes de pirates de l’océan Indien. Dans ces zones de contact, les Zana-malata, enfants mulâtres descendants de pirates, réussissent à s’organiser au XVIIIe siècle et à dominer les clans voisins des Tsikoa.
L’un d’eux, Ratsimilaho (ou Ramaro­manompo) s’empare de l’autorité à Fenoarivo, puis à Toamasina. Les habitants vaincus de la région sont nommés Betanimena et Ratsimilaho appelle Betsimisaraka l’ensemble des populations qui le suivent du Nord au Sud.
Après sa mort, en 1749 ou 1750, ses descendants, Zanahary et Iavy, vivent principalement d’un commerce basé sur la traite, mais aussi du pillage organisé vers les Comores et l’Afrique de l’Est ; expéditions pour lesquelles se réunissent de véritables flottilles de grandes pirogues. Iavy meurt en 1791. En 1803, la mort violente de son fils Zakavola livre le pays à l’anarchie. Le royaume se réduit pratiquement à la région de Fenoarivo et de Foulpointe. C’est la période que choisit avec opportunité Jean René pour apparaître sur la scène politique.
Jean René est né à Tolagnaro vers 1773. Il est le fils d’un Français nommé Boucher, agent de la Compagnie des Indes, et d’une Malgache « tatsimo » (du Sud betsimisaraka). Il étudie à l’Île de France (actuelle Maurice) jusqu’à 15 ans. Son père l’envoie alors à Foulpointe où Dumaine, agent du gouvernement français, l’emploie dans ses « bureaux ».
Comme Foulpointe est abandonné par les Français entre 1790 et 1795, Jean René regagne l’Île de France. Il se retrouve en 1798 comme jeune traitant à Toamasina. De 1807 à 1810, il assume les fonctions d’interprète pour le compte de Sylvain Roux, l’agent français.
Le 11 février 1811, les comptoirs français de Toamasina sont fermés après la soumission des autorités françaises en place à la flotte anglaise. Cette situation permettra à Jean René, sans emploi, à son frère Fiche (Fisa, chef d’Ivondro) et à leur neveu Coroller d’acquérir une certaine importance. Vers 1817, après diverses intrigues, il réussit à faire expulser Tsihala, frère de Zakavola et son chef légitime. Jean René est alors élevé au titre de « Chef de Tamatave », mais en fait, il est considéré comme le « Mpanjakamena » (roi).
À partir de cette période, l’histoire de Jean René apparaît étroitement liée à l’évolution de la conquête et de la soumission de l’Est par le souverain merina, Radama 1er. Celui-ci se présente à l’ouest de Toamasina en 1817, à la tête d’une armée importante. Sagement conseillé, Jean René trouve prudent de reconnaître sa suzeraineté. Le 9 juillet, un traité est conclu en ce sens, dans les termes duquel le prince se prénomme lui-même « Roi de Tamatave et Dépendances ».
Selon divers témoignages, il semble qu’il ait exercé, depuis lors, un certain ascendant sur Radama. Il est, en tout cas, écouté par le roi bien qu’étant peu estimé par James Hastie, conseiller du souverain à plus d’un titre.
Toujours est-il que suivant fidèlement Radama dans sa politique d’expansion et
de soumission de l’Est, il participe en personne à deux expéditions armées au moins, l’une en 1820 contre Tsiva, chef de Foulpointe, l’autre plus lointaine en 1823, contre les Vorimo.
Jean René meurt en mars en 1826 à Toamasina, instituant James Hastie, son exécuteur testamentaire. Ce dernier ne lui survivra que quelques mois : il décède à Antananarivo en octobre de la même année. Le prince est inhumé près de sa maison, sur la même colline à Ivoloina.
À certaine époque, des vestiges d’offrandes se voient près de la sépulture sur une pierre fichée en terre, au pied de laquelle se trouve un certain nombre de bouteilles vides, rares présents de miel ou d’alcool. Aucun accès au caveau n’est visible, probablement parce que cette sépulture n’est destinée qu’au roi Jean René exclusivement.

Pela Ravalitera

Vendredi 19 avril 2013

Notes du passé

L’Express

 

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