2013-04-20 Les frustrations de Jean René

Publié le par Alain GYRE

Les frustrations de Jean René

En mai 1822, sous la présidence du prince Ratefinanahary, les chefs et principaux notables de la basse région de Toamasina se réunissent à Vohiboaza, dans les environs de Brickaville. Cette ville est alors un centre politique important en pays betsimisaraka.
Ce grand Kabary (assemblée) est convoqué par Radama 1er. Le prince y promulgue les règlements royaux très stricts. Notamment en ce qui concerne les incessants pillages et vols dont les étrangers sont, en général, les cibles des chefs locaux, et les luttes sanglantes qui les opposent. Radama 1er menace des peines les plus sévères ceux qui ne respecteront pas ses ordres sur le sujet.
Jean René, prince des Betsimisaraka et allié du souverain (lire précédente Note) y est aussi invité. Mais il s’abstient d’y participer, déléguant une lourde ambassade. Quelques jours plus tard, il explique à James Hastie, conseiller et ami anglais du roi, les raisons de son absence. Il a appris que les assassins de son frère Fisa (ou Fiche) et d’autres personnes qui lui sont hostiles, sont admis à participer à la grande assemblée. De ce fait, il ne peut risquer sa propre vie auprès d’individus aussi mal intentionnés. Son frère a été assassiné le 14 décembre 1820.
En revenant de la réunion, le 18 mai, l’un de ses ambassadeurs lui annonce que Radama 1er a donné plusieurs directives.
« Que tous les griefs passés de quelque nature qu’ils soient, qui avaient engendré de l’animosité entre les chefs ou autres personnes habitant dans le plat pays, soient à jamais oubliés. Que chacun doive désormais retrouver les portions de territoire qui lui revient par droit de naissance. Que toutes les propriétés acquises doivent rester entre les mains de leurs possesseurs actuels. Que toute nouvelle cause de désaccord, tout motif supposé de plainte, tout empiètement de la propriété d’autrui doivent être par les parties directement concernées, soumises au roi pour décision. Que toute personne qui violerait les lois ainsi promulguées et qui serait surprise à voler, à piller, ou à vouloir venger par elle-même un tort réel ou supposé tel, serait considéré comme coupable de trahison et punie en conséquence. »
Jean René se sent mortifié, d’autant qu’avant la publication de ces ordres, certains participants ont fait de « violents rapports » sur son compte, et le prince Ratefy a accepté de les prendre en considération. Par malheur pour Jean René, ses propres délégués n’ont pu donner de preuves suffisantes de la « fausseté des accusations » lancées contre lui. Et finalement, Ratefy a décidé que Jean René doit payer une amende au roi. De même, les « prétendus plaignants qui ont essayé de se venger sur les sujets de Jean René les empiètements de territoire que celui-ci a commis », ont à payer la même somme.
Néanmoins, après le grand Kabary, pour atténuer sa décision Ratefy envoie à Jean René un message où il explique que les preuves apportées par ses ennemis afin d’étayer leurs plaintes, l’obligent à infliger cette amende.
Il ne manque pas de préciser, toutefois, que « le but principal qu’il recherchait en agissant ainsi, était de convaincre l’assemblée que même l’allié le plus intime, mieux le frère aîné du roi ne devrait pas échapper aux peines qu’entraîne une violation des lois ».
Jean René se soumet donc « de bon cœur » à la décision de Ratefy, bien qu’il émette quelques réserves. « Je crains que la clémence de Radama, en ne punissant pas de façon plus exemplaire les assassins de mon frère, n’entraîne les pires conséquences».
Il promet cependant de « s’adonner davantage aux arts de la paix qu’à ceux de la guerre », tout en espérant que les ordres de Radama assureront à ses sujets et à lui-même la tranquillité.
« Ce sera ma fierté de servir d’exemple à mes sujets en ce qui concerne l’industrie. »
Il faut signaler que Jean René entretient, également comme Radama 1er, de bons rapports avec le gouverneur de Maurice, Sir Robert Farquhar qui lui alloue 50 à 100 piastres de pension mensuelle et lui offre périodiquement de nombreux présents.

Pela Ravalitera

Samedi 20 avril 2013

Notes du passé

L’Express

 

 

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