2013-04-23 Notes du passé: Des réserves pour les indigènes du Nord

Publié le par Alain GYRE

Des réserves pour les indigènes du Nord

Le président français Félix Faure signe le 16 juillet 1897 deux décrets, dont la mise en application est disposée dans l’arrêté 919 du 23 août du général Gallieni qui vient compléter la circulaire 243 du 20 juillet 1897. Celle-ci « dépossédait entièrement les indigènes de leurs terres ancestrales et les obligeait à émigrer vers d’autres régions ».
Toutefois, on y lit aussi un paragraphe sur les « Réserves pour les indigènes » où il est question des raisons de cette décision.
« Vous n’êtes pas sans savoir quelles causes d’animosité entre colons et indigènes sont entretenues par les incursions du bétail sur les terres des colons. Vous devez donc réserver, pour les indigènes, des terrains assez vastes pour éviter des difficultés que je vous signale, et vous les établirez d’après le chiffre des têtes de bétail qui vous sera indiqué par les fokonolona et la richesse des pâturages de la région. »
Pourtant, d’après Cassam Aly Ndandahi­zara, dans son ouvrage « Ambalavelona ou l’insurrection anticoloniale dans le Nord-ouest de Madagascar en 1898 », les colons abusent de ces recommandations de Gallieni pour s’emparer, par autorité et par force, des bœufs des Malgaches. Ils utilisent pour ce faire, les Antemoro, gardiens de leurs concessions, pour prendre les bœufs qui pâturent à proximité et les poussent à l’intérieur des concessions. « De fait, les animaux devenaient la propriété de leurs patrons. »
Les Malgaches émigrent vers les montagnes avec leurs troupeaux. Le mont Tsaratanàna devient le refuge des Sakalava du Sambirano qui y rencontrent les Antankarana de la plaine de la Mahavavy et les Tsimihety de la région d’Ankaizinana, eux aussi victimes des nouveaux venus, appelés « colons ». Ils ont pour noms Lesueur, Creux, Courtois, de Rougemont, Mersannes, Castel, Giraud, Millot, Desloy, Bras, Gourbel, Bleusez, Ardoin, etc.
Un autre arrêté, le N° 1110, du général Gallieni en date du 4 novembre de la même année, organise et met en place les services de la Conservation foncière. Un autre texte et à la même date, le N°1111, crée à Antsiranana et à Nosy Be des bureaux des sous-Conservations foncières. Dans ces agences, doivent s’effectuer l’immatriculation des immeubles, la constitution des titres de propriétés, la conservation des actes relatifs aux immeubles et l’inscription des droits et charges sur les propriétés immatriculées.
Quant aux sous-conservateurs, ils sont désignés par l’arrêté n°1136 du 16 novembre 1897, Vally à Antsiranana et Durand à Nosy Be.
« Le raz de marée des colons ne s’arrêtait pas seulement aux noms cités plus haut, l’Ankaizi­nana, la Mahavavy et le Sambirano étant vantés comme les contrées les plus riches de Mada­gascar. »
La baie d’Ampasindava offre, en effet, des ressources que l’on ne peut trouver nulle part ailleurs. « L’Ankaizinana est le grand réservoir qui fournit des bœufs à la consommation de toute la partie Nord de Madagascar. Les plaines de la Mahavavy et du Sambirano contiennent des troupeaux de plus de 10 000 têtes de bétail ; la volaille abonde partout ; les fruits s’y récoltent à profusion; on peut dire que c’est la région de Madagascar où tout navire peut, le plus facilement, se ravitailler », écrit Paul Locamus dans son livre intitulé « Vingt ans de séjour à Madagascar ».
Et de poursuivre : « Erreur d’avoir fait de Tananarive, la capitale, erreur le développement de la ville de Tamatave, villes factices appelées à disparaître ; erreur d’avoir fortifié Diégo-Suarez ; erreur la construction du Bassin de radoub, etc.» En fait, Paul Locamus ne voit que la baie d’Ampasin­dava et une masse de colons le suivent dans ce sens.
De ce fait, le Nord est la région la plus colonisée de Madagascar et Paul Locamus est le bénéficiaire de la plus vaste concession de la Grande île, attribuée par le nouveau président français, Emile Loubet.

Pela Ravalitera

Mardi 23 avril 2013

Notes du passé

L’Express

 

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