2013-04-26 Fianarantsoa la plus adaptée aux besoins des colons

Publié le par Alain GYRE

Fianarantsoa la plus adaptée aux besoins des colons

Les résidents français de Madagascar comme les repré­sentants de journaux métropolitains ne manquent pas, par l’intermédiaire du Comité de Madagascar, de donner des renseignements aux prétendants colons. Comme le signale cette correspondance du 15 décembre en provenance de Fianarantsoa.
L’auteur de la lettre vient de parcourir sans encombre Antananarivo-Fianarantsoa, sur la route du Sud. Toute la région d’Ambositra et d’Ambatolampy est « infestée » d’insurgés. Car, d’après lui, si le désarmement de tout le pays a été fait, ils ont pu conserver leurs fusils dont ils se servent pour répandre partout la terreur et cela, « d’autant plus impunément qu’ils savent leurs proies sans défense ».
Le correspondant ne manque pas de se vanter que tout le pays betsileo, tant pressuré par les Merina, accueille avec une joie non dissimulée l’entrée des Français. « Il espère que nous lui apporterons enfin quelque protection contre ses oppresseurs. Cette population si tranquille et si sobre ne demande qu’à se remettre au travail pour réparer les exactions sans nombre dont elle a été victime. Voilà les vrais alliés du protectorat, si nous savons nous les attacher ! »
C’est pourquoi il s’étonne qu’aucun représentant de la France ne réside dans la région, après le départ du Dr Besson, immobilisé à Toamasina où un simple consul aurait suffi pour l’expédition des affaires, la ville étant toujours en état de siège.
« Alors que sa présence ici, avec sa connaissance du pays et de ses habitants, aurait été si nécessaire et si salutaire. » Il faut pourtant mentionner que les capitaines Aubé et Girod, accompagnés de Marc Rabibisoa, « l’ancien fameux secrétaire du non moins fameux Premier mi­nistre », ont parcouru toute la région, chargés d’une mission politique et militaire. Leur passage a produit une excellente impression, mais ils sont retournés à Antananarivo et personne ne les a remplacés.
Au contraire, à la suite de leur mission, le gouverneur merina de Fianarantsoa est invité à rentrer dans la capitale, où les autorités françaises lui demanderont des comptes sur son administration. Si une enquête approfondie est menée à la suite de cette mission, le gouverneur merina « aura un mauvais quart d’heure à passer, comme beaucoup de ses collègues, dont le tour viendra, il faut au moins l’espérer ! »
En attendant, « on vit ici un peu dans l’anarchie, et il faut toute la douceur et les mœurs pacifiques des Betsileo pour que la paix continue à régner parmi eux ».
Quelle que soit pourtant la situation, l’anarchie dans laquelle vivent les Européens dans la région de Fianarantsoa, l’auteur de la correspondance ne perd pas espoir. Pour lui, aucune partie de la Grande île n’est mieux faite pour attirer les vazaha, tant par la salubrité du climat et la fertilité de ses terres que par la « collaboration dévouée » qu’ils trouveront chez les habitants.
À propos de Toamasina d’ailleurs, la correspondance qui en provient et qui est datée du 8 janvier 1896 annonce l’arrivée d’Hippolyte Laroche, résident général, et de sa première mission qui est d’appliquer un programme d’annexion.
Le signataire de cette seconde lettre estime que ce programme fera le bonheur de bon nombre de colons, en particulier les « petits-Français comme les appelle M. de Mahy. C’est-à-dire ceux qui débarquent « sans sou ni maille » et dont l’unique espoir est dans l’administration « qu’ils espèrent bien tenir à leur discrétion ». Surtout « si comme l’implique tout programme, on leur confère des droits politiques ».
Et le correspondant de Toamasina de souligner :
« Adieu alors les équilibres budgétaires : les finances
municipales ne serviront qu’à rétribuer des services
électoraux ; demandez plutôt à nos voisins de La Réunion ! » Une perspective qui n’est pas sans inquiéter certains esprits. Car les derniers paquebots en provenance de La Réunion et de Maurice débarquent 500 à 600 Créoles qui, « à eux tous, ne possèdent qu’un avoir de 10 000 francs »!

Pela Ravalitera

Vendredi 26 avril 2013

Notes du passé

L’Express

 

Publié dans Notes du passé

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article